lundi 1 juin 2009

Europe et Turquie : futur conditionnel ?

Sachez que je suis opportuniste. Alors, je profite des élections européennes pour vous donner à relire un texte publié l'année dernière sur Mot compte double.



Europe et Turquie : futur conditionnel ?
On le sait, l’Europe frappe à la porte de la Turquie depuis des années. Mais les Turcs usent de toutes les ruses pour reporter cette ouverture. Les raisons, on les connaît : droits de l’homme et de la femme, religion, économie, etc.

Ainsi, la Turquie craint un flot de catholiques, et il faut avouer que sa constitution laïque et républicaine accepterait mal ces monarchies de la vieille Europe, comme la Grande-Bretagne ou la Belgique. Elle accepterait encore moins des pays comme la Pologne qui seraient complices de transports de prisonniers par la CIA en dépit des droits de l’homme, des conventions de Genève. Que dire aussi d’un pays comme la France qui donne des leçons de démocratie en ratifiant par la voie parlementaire un traité que le peuple a refusé par la voie référendaire ? Enfin, ne parlons pas non plus des scandales politico-financiers dont la France – encore elle – semble s’accommoder comme avec les affaires Elf et Clearstream. Oui, la Turquie a peur de cette Europe, comme on craint tout ce qui est différent, et on la comprend.

Cependant, là ne sont pas les plus grands obstacles. En effet, la grande différence entre la Turquie et les pays d’Europe reste la question du temps. Quel temps, me direz-vous ? Tous. Nous parlerons du futur.

Le turc possède 8 temps déclinés en 6 modes. Certaines associations temps-modes n’ayant pas de sens, cela donne 36 conjugaisons (et non 48) contre 23 pour le français (d’après Le Conjugueur). En ce qui concerne le futur, nous en avons 2 en français (simple et antérieur) et 6 modes pour le futur turc. D’aucuns me rétorqueront qu’un conditionnel peut aussi avoir valeur de futur dans le passé, ou que la forme « je vais manger » n’apparaît pas dans la liste alors qu’elle exprime un futur imminent. Alors, disons que nous traiterons ici des déclinaisons des verbes car la force de la conjugaison turque réside dans la suppression de toute ambiguïté, une déclinaison verbale n’a qu’un sens, et elle ne s’encombre pas d’auxiliaire ou d’autre forme verbale composée ; un seul mot décide du temps, du mode. Quittons la théorie pour un peu de pratique.

Prenons un verbe du premier groupe : loller. Pour la définition de ce verbe, cliquez ici et pour sa conjugaison complète, cliquez .

En turc, loller se traduit lolmak. Car j’en ai décidé ainsi.
Conjuguons en turc et au futur :



Dans la conjugaison, vous noterez que lol représente le verbe, que acak indique invariablement le futur quel que soit le mode, ce qui suit correspond au mode conjugué, et en turc, m termine chaque verbe à la première personne du singulier.

C’est pourquoi, lors d’un sommet turco-européen, à la question « accepterez-vous l’entrée de l’Europe en Turquie ? », le diplomate turc, facétieux car connaissant la pauvreté de la conjugaison française (ou anglaise), pourrait répondre au choix : kabul edeceğiz ou kabul edeceksek (note : kabul etmek = accepter). Deux réponses au futur. La première en futur simple signifie « oui », la seconde en futur conditionnel « cours toujours ! ».

Pour sûr, si on lui pose cette question, le diplomate turc lollera, pardon, lolacak...

Et pour le plaisir, voici la conjugaison de loller au futur conditionnel :

Ben lolacaksam
Sen lolacaksan
O lolacaksa
Biz lolacaksak
Siz lolacaksanız
Onlar lolacaklarsa

Attention, certains i de cette chronique n’ont pas de point, c’est exprès. Si le turc vous passionne, nous parlerons de l’euphonie une prochaine fois, pour apprécier Nâzım Hikmet en V.O., un poète que Monique Coudert nous a déjà présenté ici sur Mot compte double.
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Merci à Alexis Beuve et Jean-Paul Lamy.
Dessin de Daniel Maja. Visitez
la vie brève son blog au jour le jour.

2 commentaires:

M agali a dit…

Cette "Lettre turque" me ravit toujours autant. Réunir ainsi sur un plateau Montesquieu,Bled et le Molière du final du Bourgeois Gentilhomme, il fallait le faire, et Franck l'a fait.
Merci de cette réédition.

Joël H a dit…

Lollera bien qui lollera le dernier! En turc, ça donne quoi?