jeudi 22 décembre 2011

Chantons les saisons !

En octobre, je publiais ici mon pastiche de la Chanson d'automne de Verlaine. Et j'appelais les pasticheurs à continuer les saisons, à terminer le travail inachevé du Prince des poètes. Le résultat va au-delà de mes espérances car au final ce ne sont pas 4 mais 5 saisons chantées en 4+4+3, grâce à l'une des saisons d'Imrie.

Je remercie Magali, Sylvie et Joachim d'avoir répondu à l'appel, et pour vous, voici donc le florilège de Chansons qu'on peut retrouver sur pastiches.net.

Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine


Chanson d’hiver

Le linceul blanc
D’un hiver lent
Abandonne
La fleur de givre
Au carreau ivre
Qui s’étonne.

Auprès du feu
Mon ventre creux
S’engourdit,
Tant pis pour celle
Qui fut ma belle,
Je l’oublie ;

Et je m’endors
Bercé par l’or
Des tisons,
Quand ils crépitent
J’entends la fuite
Des saisons.

Sylvie Lainé


Chanson de printemps

Les rires clairs
Flottent dans l'air
Du printemps
Gonflant mon cœur
D'une vigueur
De vingt ans.

Monte la sève
Tandis que rêve
Mon amant ;
Je me souviens
Des jeux anciens
Et je mens ;

Et je me sauve
À pas de fauve
Pourchasser
Ici et là
Une belle à
Embrasser.

Franck Garot


Chanson d’été

Le doux refrain
Du slow sans fin
De l’été
Berçait nos corps
De ses accords
Répétés.

Tout transpirant
Et rouge, quand
Il s’achève,
J’arrive à prendre
Tes lèvres tendres
C’est le rêve.

Et nous partons
Vers ton futon
Pour, tout nus,
Danser le feu
D’un pas de deux
Inconnu.

Magali D.


Chanson d’hirtémone

La pluie dardée
De l’embardée
D’hirtémone
Givre mes dents
D’un cri ardent
De crémone.

Tout en pêchant
Des fleurs le chant
De berceuse,
Je sens, salin,
Un froid vilain
De perceuse.

Mon sang laqué,
Je suis traqué,
Quand s’amorce,
En éclatant,
Le feu suintant
Des écorces.

Joachim Séné

vendredi 11 novembre 2011

Poker is War : ménage(s) à trois

Noël approche et vous avez sûrement des amis qui jouent au poker. Veinards, voici l’idée de cadeau idéal.

De quoi qu’on parle ?
Ça commence comme ça :
Vous avez longé la plage de Barceloneta jusqu’au Gran Casino pour jouer un side event de l’EPT à 1 100 €. Vous êtes Soren, la tête encore emplie des beats de LCD Soundsystem que vous avez vu la veille au Razzmatazz, la mythique salle de concert de Barcelone. Vous avez passé la semaine chez votre frère qui s’est installé dans la capitale catalane depuis quelques années. Les tribulations du groupe new-yorkais raisonnent dans votre crâne comme une promesse non tenue, celle de se préparer sagement avant un grand événement, reposé. Bref...
Vous descendez à présent le grand escalier qui mène à l’arène, immense, où le bruit des jetons se mêle aux cris des lutteurs. Vos yeux, une fois habitués aux lumières vives et à la décoration clinquante, se mettent à pétiller. Les pros affluent de toute part. Elky, l’un des plus médiatiques, rôde à proximité. Il accepte gentiment de poser en photo. À 29 ans, vous retrouvez une âme de midinette.

Quittons Barcelone, nous voici quelques semaines plus tard à Vienne :
Décembre glacial à Vienne, un couple descend tranquillement la rue Herrengasse quasi déserte, sans prêter la moindre attention aux palais qui la bordent. Les lampadaires et les décorations de Noël bavent une lumière pisseuse sur des flaques d’eau qui virent doucement à la glace. Elle lui a demandé cette promenade malgré le froid, en sortant du Café Central où ils venaient de dîner malgré les touristes. Quelques pas avant de rejoindre leur hôtel. Ils ne s’enlacent pas, ni même ne se tiennent par la main. Ce couple, c’est Siyah et moi. Nous sommes jeudi, je l’ai rejointe ici aujourd’hui directement de Toulouse. Elle participe à l’étape autrichienne du 3 Länder Poker Tour avant l’EPT de Prague la semaine prochaine. Gwen viendra demain, de Paris, il voulait vérifier si sa Mustang était aussi rapide sur le trajet Toulouse-Paris que Paris-Toulouse. Je n’ai rien pu savoir de la vie de Siyah pendant le dîner. Je ne connais d’elle que ce que j’ai pu glaner sur les sites de poker, rien de plus. En revanche, elle a réussi à me faire parler, elle sait tout : mon ancien boulot de consultant, mon ambition de devenir un joueur pro peut-être un jour, mes histoires de famille, mais surtout, que je suis célibataire. Je profite du calme viennois pour en savoir plus sur ses relations avec le Breton.

Vous venez de lire deux passages de Poker is War, livre que j’ai coécrit avec Yann Le Dréau et Alexis Beuve. Mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas un roman ! C’est avant tout un traité de poker, sûrement le plus ambitieux des livres de poker en français. Pour vous en rendre compte lisez plutôt les extraits techniques sur le site de l’éditeur.


Pourquoi moi ?
Couverture Poker is War (c) PraxeoCe n’est bien sûr pas pour mes compétences pokéristiques que les duettistes m’ont recruté pour ce projet. Ils voulaient que chaque leçon se passe dans un lieu différent, plus ou moins lié au sujet, des personnages qui évolueraient, une intrigue, un dialogue continu. Ils ont pensé que je pourrais les aider, ce que j’ai certes beaucoup fait au début, beaucoup moins sur la fin car les deux compères ont progressé.

Ce fut ma première expérience de coécriture, j’avais déjà corrigé des livres Praxeo (jeu de go, poker...), mais jamais je ne m’étais impliqué ainsi, sur un an. Et le résultat est à la hauteur des ambitions affichées par Yann et Praxeo. Les lecteurs sont ravis (notamment le premier d’entre eux).

Bien entendu chacun a apporté ses connaissances, ses centres d’intérêts, ses expériences, côté musique, dans Poker is War on écoute Satie, LCD Soundsystem, Thin lizzy, pour les lieux on voyage à Istanbul, Penmarc’h, Malte, etc. Écrire à trois permet l’effervescence d’idées qu’il faut ensuite canaliser et ordonner pour publier un livre qui tienne la route. Des discussions interminables, des chapitres à récrire entièrement. Tout ceci est extrêmement enrichissant (je suis incollable sur les opérations Silver et Gold pour avoir visionné pendant des nuits des interviews des protagonistes, je sais à quoi ressemble la gare maritime de Büyükada, qu’un train entre Prague et Vienne peut s’appeler Klimt, Mahler, Dvořák...), mais j’ai dû mettre entre parenthèses d’autres projets, purement littéraires ceux-là. Voilà pourquoi je ne suis pas prêt de recommencer un tel projet.


Deuxième trio
Enfin, cette présentation ne serait pas complète si je ne parlais d’Ivan Seisen ! Ivan a illustré l’ouvrage avec de nombreux dessins drôles qui permettent une saine aération. Il a travaillé avec Yann et Alexis ; je ne l’ai rencontré qu’à la soirée de lancement du livre au club Montmartre Hold’em (excellent club, excellent accueil). Un petit exemple du talent d’Ivan avec cet humour de joueur de poker.

(c) Praxeo

Ça sent le sapin !
Le livre vaut 59 euros, fait 608 pages, et en plus d’être bon, il est beau. Alors n’hésitez pas à l’offrir, les joueurs savent déjà que l’investissement est « grave EV+ ». Et ça tombe bien : le 11 décembre 2011, Praxeo investit l’AS Vegas à Paris.

(c) Rodolphe EngelLa dream team photographiée par Rodolphe Engel (de g. à d.) : Franck Garot, Yann le Dréau, Alexis Beuve, Ivan Seisen.

lundi 7 novembre 2011

Items 73 et 134

Christine Jeanney que l'on peut retrouver sur les 807 et sur son site tentatives, en plus des publications en papier ou en numérique propose chaque jour une liste de quatre choses à faire sur photo offerte, le tout à lire et à regarder sur toto liste. La proposition étant séduisante, je lui ai envoyé deux photos. Voici le résultat (photos de votre serviteur et textes de Christine Jeanney).

toto liste, 73


– penser tout jeter avec les larmes

– danser de joie mais sans danser, parce que pendant qu'on bouge on ne voit pas les flammèches, le bleu fumé, l'orange, la soie de l'orange filée et la braise

– penser des tas de petites bêtes terrorisées, surtout celles qui ne vivent qu'un jour et ne se souviennent pas de Londres

– se dire que dans quelques heures ce sera froid, gris, poussiéreux, intéressant, qu'un détective anglais en tirera des enseignements, saura combien de temps on a dansé de joie sans danser et ce qu'on a jeté, le nombre de larmes exactes qui auront roulé sur les braises, le petit bruit qu'elles auront fait en se recroquevillant, leur fin de vapeur ou de feu d'artifice minuscule


toto liste, 134


– la première chose à faire : compter les branches (plus de 800 mais à peine plus), compter les feuilles visibles (plusieurs centaines et sept unités, forcément)

– cet être hybride sur la pointe des pieds, difficile pour lui de s'orienter, de manipuler sa tête lourde qu'il doit poser au sol pour respirer, puis il produit un cliquetis en forme de respiration ou de soulagement, peut-être cet endroit propice

– sa tête lourde, dans sa tête une boîte noire qu'il comble (car il abhorre le vide) d'arbres à l'envers, de perspectives, de cloches (trois), marrons et cornettes bicolores, bogues écrasées maladroitement, kleenex, capsules, canettes sucrées, sapins déprime, accents anglais, drapeaux germains, foule de pensées non explicites

– le lendemain au même endroit, il n'y est plus (cette espèce migre, furtive)

mercredi 2 novembre 2011

Et de 100 !

Ce soir, nous éclairons les coulisses des 807 et annonçons une bonne nouvelle.

Les 807 côté coulisses
Je viens de publier mon 100e 807. J'ai profité de ce texte pour parler de cette expérience du point de vue du taulier. Je le reproduis ici. Ceci dit, malgré le titre de ce 807, ça continue, et les propositions sont toujours les bienvenues.
C'était les 807

C'était chaque jour vérifier la messagerie du blog, puis une seconde, voire celle de Facebook, car les contributions venaient de toutes parts. C'était lire, relire, accepter, refuser, corriger, traduire, parfois récrire. C'était répondre à tous, toujours. C'était aussi échanger, donner et recevoir, parler style, règles. C'était découvrir de nouvelles voix, de nouveaux horizons, de nouveaux projets. C'était faire des erreurs, sûrement. Mais c'était aussi rencontrer certaines de ces voix dans le réel, pour un déjeuner, un événement. C'était se dire qu'on ne respirait plus, qu'il fallait arrêter, et on arrêtait, et on recommençait, différemment, certes, mais on recommençait tout de même, et on arrêtait de nouveau, pour mieux recommencer. C'était se demander pourquoi cette addiction, pourquoi perdre un temps précieux parce que rare, se dire néanmoins qu'on continuait d'apprendre. C'était annoncer le programme, les changements, les suspensions faute de propositions, faute de temps. C'était voir les jours passer et le stock diminuer, jusqu'à écrire à la dernière minute pour que le flux continue. C'était retravailler des images pour qu'elles rentrent en 520 de large, trouver un lecteur pour écouter le son. C'était composer de la musique, l'enregistrer. C'était prendre des photos qu'on utiliserait et qu'on n'utilisera jamais. C'était se connecter à l'interface du blog, de la maison, de New York, Londres, Bangkok, Chişinău... C'était corriger après publication des fautes de participe passé qu'on avait oublié voire oubliées, ou régler un problème de programmation, l'objet publié trop tôt ou trop tard. C'était tenter de nouvelles choses, sur le fond, sur la forme, tenter des pastiches comme celui-ci, maquiller des fêlures et les donner à lire, ou au contraire inventer une histoire. C'était publier un livre, puis en préparer un deuxième. C'était envisager une lecture publique. C'était accepter tout le monde, du moment qu'il ait quelque chose à dire, sans aucune discrimination quelle qu'elle soit. C'était rester seul maître à bord, taulier malgré soi, assumer ses choix, ses erreurs. C'était certains jours haïr ce nombre, violemment, le considérer comme un triple six. C'était s'étonner que ça tienne toujours, que ça intéresse encore, ne pas comprendre ce que ça signifie, et se demander jusqu'où ça irait dans l'hypothèse improbable que ce chemin mène quelque part. C'était enfin ne pas savoir comment remercier chacun, participant ou lecteur.


C'était mon 100e.

C'était un pastiche
C'était, Joachime Séné, publie.net, 2011Le texte que vous venez de lire est un pastiche du C'était de mon comparse de pastiches.net, Joachim Séné. Je vous ai déjà parlé de ce projet en janvier : C'était les Glossos. Je ne redirai pas une nouvelle fois le bien que j'en pense, mon pastiche s'en chargera aujourd'hui.
Mais il me faut vous annoncer que publie.net (évidemment) a décidé de publier le texte en epub. Vous le trouverez en cliquant sur l'image ou sur ce lien. Et ceux qui n'ont pas encore de liseuse ou de tablette pour lire un fichier epub peuvent se réjouir de l'existence de logiciels tels l'add-on EPUBReader 1.4.1.0 que j'utilise pour Firefox.
Bien sûr, depuis mon article de janvier et de la première version du texte en pdf, Joachim a continué l'écriture pour que l'année s'achève et qu'elle recommence, identique à la précédente.

lundi 10 octobre 2011

Des nouvelles de pastiches.net

Comme annoncé, pastiches.net a été lancé le 1er septembre 2011. Le site a pris son rythme de croisière avec des publications deux fois par semaine.

Nous avons reçu plusieurs textes, des pastiches, comme La couverture rouge, Virginia Woolf revisitée par Marianne Desroziers, ou Charles Baudelaire par MO avec son Sonnet à un passant. Nous avons aussi sollicité Claro qui a tout de suite répondu présent avec sa Journée de l'écrivain en réponse à la Journée du musicien d'Erik Satie.

Comme indiqué au lancement, on n'y trouve pas uniquement des pastiches mais aussi des hommages, comme Un peu de ménage, un poème de Guillaume Siaudeau où plane l'ombre de Beckett. Voire un double hommage comme cet objet littéraire étrange qu'est le Métro ivre, où Joachim Séné applique au Bateau ivre de Rimbaud le traitement oulipien que Hervé Le Tellier avait appliqué au Dormeur du val (Le Pasteur des Halles, in Zindien, Le Castor Astral, 2008).

Je vous engage à venir découvrir tous ses hommages ; pour naviguer rien de plus simple, les textes sont accessibles par trois entrées, celle de l'auteur pastiché (liens sur la première page), par pasticheur (en cliquant le nom d'un pasticheur vous avez la liste des autres pasticheurs sur la droite, essayez à partir de la présentation de votre serviteur), enfin les mots clés (notamment le type de texte : pastiche, éloignement, suite).

Et ce matin, nous avons publié mon pastiche de la Chanson d'automne de Verlaine (je sais je suis inconscient). Faut dire que le gars n'avait fait que 25% du boulot, une saison sur quatre ! Il en reste 50% maintenant, alors si l'inspiration vous vient, vos chansons d'été ou d'hiver sont les bienvenues.

Chanson de printemps

Les rires clairs
Flottent dans l'air
Du printemps
Gonflant mon cœur
D'une vigueur
De vingt ans.

Monte la sève
Tandis que rêve
Mon amant ;
Je me souviens
Des jeux anciens
Et je mens ;

Et je me sauve
À pas de fauve
Pourchasser
Ici et là
Une belle à
Embrasser.

mercredi 31 août 2011

pastiches.net : c'est parti !

Au départ, lors de notre discussion avec Joachim Séné, le talentueux spipiste de Rature.Net, ce ne devait être qu'un site d'agrégation de flux, un peu comme la page Flux de pastiches. Seulement, Joachim Séné, le talentueux huitcentseptiste (69 participations au compteur à date, tout de même), m'avoua apprécier quand je joue au tyran – comprendre : quand je fais le taulier/rédac en chef/correcteur. Alors, c'est devenu plus ambitieux, malgré moi.

Mais de quoi parle-t-on ?
On parle de pastiches.net, un nouveau site que Joachim et moi vous proposons dès le 1er septembre. On trouvera quelques éléments à la page À propos de ce site.

pastiches.netComplétons. Les blocs vides l'annoncent, on pourra lire des pastiches de Beckett et Flaubert pour les classiques, de Mauvignier et Chevillard pour les contemporains. Ensuite viendront Baudelaire, NDiaye, Céline. Côté pasticheurs, Proust, évidemment, mais aussi Garnerin, Flipo, Marcotte, vos serviteurs. Listes non exhaustives.

Comme indiqué, on lira de purs pastiches, mais aussi des suites (Moindre), des éloignements (Autofictif, Céline). Seront aussi publiés des articles, interviews, critiques plus ou moins sérieux. Les propositions sont les bienvenues, par exemple, si cela vous dit, des critiques du Degré suprême de la tendresse d'Héléna Marienské, de Et si c'était niais ? de Pascal Fioretto, de Pastiches et mélanges de Marcel Proust, de Pastiches et postiches d'Umberto Eco... N'hésitez pas à soumettre vos pastiches ou articles (adresse : contact at pastiches . net), le pire qui puisse arriver, c'est que le tyran que je suis les refuse.

Pour résumer, ce site dédié au style se veut ludique et sérieux. Et comme le dit en substance (alcoolisée) Joachim Séné, le talentueux facebookiste : Faudra fêter ça. En buvant du pastis et en mangeant des pistaches.


Prochainement je vous parlerai des 807 (encore !?), de Chevillard (ça faisait
longtemps...) et de Poker is War (enfin !).

lundi 29 août 2011

Le Groland moldave

J'ai commencé cet article il y a quelques mois déjà, laissé en plan, des bouts de paragraphes pas finis, à cause de Poker is War, des 807, et de la vraie vie, surtout. Un article pour répondre à celui de Stéphane Laurent qui traînait parfois sur ce blog, me disait-il. Mais voilà, Stéphane nous a quittés brutalement, son cœur a lâché, un cœur qu'il avait énorme et qu'il tentait de cacher derrière une attitude d'ours mal léché qui ne trompait personne. Triste et révolté, je reprends l'article, en gardant le ton initial, léger. Fin de l'italique. Place à l'humour, puisqu'il s'était payé une tranche de rigolade avec ce livre.

Parlons aujourd'hui d'une collection de guides touristiques déjantés à savoir les guides Jetlag. Vous ne connaissez pas la Molvanie, l'île Takki Tikki, le San Sombrero ou le Bongoswana ? Normal, ces pays n'existent pas. Ce qui n'empêche pas de les découvrir !


Drôle de guide
Je n'avais pas entendu parlé de cette collection quand elle a été lancée en France,
ni lu cet article du Monde (je dois préciser que je ne lis jamais Le Monde, et cet article un peu bâclé n'y changera rien).

Je fréquente irrégulièrement le blog de Stéphane Laurent. Rien à voir avec un délaissement, de l'infidélité. C'est juste que Stéphane publie des articles encore moins régulièrement que moi, c'est dire ! Dernièrement, j'ai découvert grâce à lui un objet livresque quelque peu étrange : La Molvanie.

Ce livre hilarant est comme les autres ouvrages de la collection un guide touristique d'un pays imaginaire. Celui-ci, la Molvanie, se trouve en Europe de l'Est. Comme je travaille tous les jours avec des Biélorusses, des Moldaves, des Russes, etc., cela m'a intrigué.


Guide drôle
La MolvanieHergé avait ouvert la voie avec ces pays créés en synthétisant diverses cultures, le couple Syldavie/Bordurie évidemment l'aïeul de la Molvanie. Mais aussi San Theodoros (Amérique du sud), Le Khemed (Moyen-Orient)... Avec à chaque fois la caricature d'une dictature.

Les Australiens des guide Jetlag passent de la caricature en bandes dessinées au guide touristique déjanté. Et ça marche parfaitement. Ils recyclent les clichés éculés, par ordre alphabétique : alcoolisme, autoritarisme, corruption, mafia, pauvreté, paysans attardés, pornographie, prostitution, radioactivité... J'en oublie sûrement.

La 4e de couverture résume assez bien ce qu'on y trouve :
La Molvanie
Patrie de la polka et de la coqueluche, la Molvanie est une destination souvent négligée par les touristes, mais grâce à ce guide Jetlag entièrement remis à jour, le visiteur enthousiaste pourra désormais profiter de l'un des secrets les mieux gardés de l'Europe de l'Est. Tout ce que vous devez savoir est dans ce guide :
QUAND S'Y RENDRE Ceux qui voudront éviter les hordes de touristes choisiront la « morte saison » – autrement dit l'hiver ou pendant le Lutenblag Jazz Festival. OÙ SE LOGER Un court trajet en bus, et vous voilà à la Pensjon Prazakuv. Vu de l'extérieur, cet hôtel sans prétention semble minable, vieillot et insalubre. C'est le cas. OÙ SE RESTAURER Le Varji est une pizzeria extra proposant d'intéressantes garnitures : le « suprême d'anchois à la figue », par exemple, à manger ou à vomir à la maison. Livraison gratuite dans un rayon de 100 mètres. À NE PAS MANQUER Différentes activités sont proposées sur le lac : ski nautique, planche à voile, parachute ascensionnel (délicat compromis entre le parapente et le suicide). SÉCURITÉ CRIMINALITÉ Les pickpockets sont présents dans les principales gares. Ne quittez pas vos affaires des yeux. S'il vous manque quelque chose, le mieux est d'aller voir un Guardja Civilje. Il n'est pas impossible qu'il soit l'auteur du larcin.
Vous l'avez compris, on retrouve toutes les rubriques des guides touristiques (histoire, culture, gastronomie, hébergement...). Les pasticheurs n'ont rien oublié. Les illustrations, les cartes, les photos valent le détour. Ainsi, deux photos de la ville de Vajana, la première « Vajana, la Vielle Ville », et la seconde « Vajana, ville nouvelle ». Les deux photos sont identiques, la première en noir et blanc, la seconde en couleur. On apprend aussi que de Molvanie, les cartes postales arrivent plus vite que les mails. Plus tôt, on nous informe de la hausse de la fréquentation d'un lieu touristique proportionnelle à la baisse de sa radioactivité (extraits en anglais sur le site du livre). Voici un autre exemple lorsqu'on nous parle des Tsiganes :

LES TSIGANES
Certains pays européens connaissent des difficultés internes liées aux gens du voyage résidant sur leur territoire. La Molvanie s'enorgueillit de ne rien connaître de tel, la majeure partie des gitans ayant été reconduits à la frontière ou incarcérés.
C'est drôle, non ? Ah bon, vous ne trouvez pas ? Pourquoi ?


De qui se moque-t-on ?
Ce livre tire à tout-va. On se moque des pays de l'Est, du regard des occidentaux sur ces pays, des touristes, des guides touristiques. Comparant ce livre à Borat, Stéphane Laurent parle de critique du regard occidental, et non la critique des pays. Certes, mais le risque demeure. Un lecteur qui ne connaît que les clichés, confortera son point de vue avec une lecture au premier degré (signalons tout de même que la Moldavie, et non la Molvanie, est la nation qui consomme le plus d'alcool au monde (*)).

C'est le problème immuable de l'humour. Une blague juive est une blague antisémite si elle est dite par un Goy, alors qu'elle devient auto-dérision par un Juif. Il faudrait, pour couper court à une accusation de racisme, sortir un livre identique sur une Australie imaginaire. Je suis certain que cela pourrait être drôle, un pays colonisé par des bagnards et des lapins, les aborigènes rendus alcooliques... oui, il y a matière à se marrer.

Et Flammarion ferait un grand coup en sortant un tel livre inspiré de la France : un pays imaginaire qui reprendrait les clichés du Français veule, fainéant, prétentieux, alcoolique, beauf... Tiens, cela me rappelle Groland. Et là, je rêve d'un guide touristique sur Groland !

Le Groland sur ta voitureIl semblerait que ce livre existe déjà, sorti en 1999, deux ans avant la première édition de la version originale du guide Molvana d'ailleurs : Le Guide du Groland, sous-titré Pays joyeux, accueillant, et lâche écrit par Jules-Édouard Moustic, Michael Keal et Francis Kuntz (Éditions Michel Lafont). Allez, les gars, et si vous ressortiez votre guide dans la collection Jetlag ?


Verdict ?
Malgré ce point sur la légitimité, ce guide est très drôle, à la Groland, c'est-à-dire en jonglant entre le gras et la finesse (c'est pas la Finlande, non plus, dirait Moustic). Une amie kazakhe me disait n'avoir pas trouvé amusant Borat car elle avait vécu des situations similaires en vrai. Je ne lui conseillerai donc pas, à elle et à mes amis moldaves, La Molvanie, sans Le Guide du Groland. Et comme on dit au Groland : Banzaï !

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(*) Ce classement est basé sur le dernier rapport de l'OMS qui a largement été repris par la presse. Le top 10 est listé par The Independent.