jeudi 25 novembre 2010

Rendez-vous à Bures ?

(c) Affiche du Salon de la Nouvelle de Bures, par Nicolas David Ce week-end aura lieu le premier Salon de la Nouvelle de Bures. On annonce du beau monde, Georges-Olivier Châteaureynaud, Emmanuelle Urien, Luc-Michel Fouassier, etc., d'excellents éditeurs comme D'un Noir si Bleu ou La Dragonne, et d'indispensables revues : Brèves, Rue Saint-Antoine, entre autres. De plus, à ne pas manquer, Pascale Arguedas animera une table ronde sur le thème « Pourquoi faire court quand on peut faire long ?». Programme complet disponible ici.

Cette manifestation est organisée par l'association Parlons Nouvelles en Vallée de Chevreuse de Sophie Stern qu'on a pu lire dans le recueil Pas de travail qui vaille.

Bon, on s'y retrouve ?
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(c) Affiche du Salon de la Nouvelle de Bures, par Nicolas David

mardi 19 octobre 2010

Les tiroirs

Je parle rarement ici de ma vie, ma famille, mon travail : chaque chose dans son tiroir. Parfois, inévitablement, les tiroirs communiquent. Alors, pour fêter un événement récent, je vous offre ce soir une Jivaro écrite l'année dernière mais qui colle très bien. La scène ne s'est pas tout à fait déroulée ainsi, cependant le résultat reste le même.
Étreinte

C’était la première fois que je le voyais. Je n’avais pas peur, je savais qu’il me donnerait ce que j’étais venu chercher. D’ailleurs, nous étions tous venus pour ça.
Il ne résista pas longtemps. Nous nous retrouvâmes rapidement allongés sur le tapis. Je l’avais saisi assez rudement et il avait peu résisté à mon étreinte. Il subissait, j’adorais ça. Je ne le lâchais pas : nous ne faisions plus qu’un.
Puis nous entendîmes : Temps ! et l’arbitre cria : Ippon, sorremade.
Cette immobilisation m’apporta les dix derniers points pour ma ceinture noire de judo.


vendredi 17 septembre 2010

Copier/coller

Ce soir, abordons le sujet du copier/coller. Parce que, je l'avoue, je suis comme Houellebecq !


L'affaire Houellebecq
La Carte et le territoire de Michel HouellebecqJe ne suis pas un grand admirateur de Michel Houellebecq. J'avais apprécié Extension du domaine de la lutte, j'avais beaucoup aimé Les Particules élémentaires, mais j'ai séché sur le reste. D'ailleurs La Possibilité d'une île prend la poussière dans ma bibliothèque, je ne l'ai pas encore ouvert.

Ceci dit, je trouve cette accusation de plagiat proprement ridicule (l'auteur a utilisé des articles de Wikipedia (tiens, pas de lien, ils ont eu assez de publicité) et d'autres sources dans son roman, La Carte et le territoire). Après nous avoir bassinés avec « la rentrée littéraire », le nombre de romans, les chiffres de vente, il fallait un scandale à la hauteur de celui, tout aussi ridicule, concernant Marie NDiaye l'année dernière (pour mémoire un écrivain qui obtient le prix Goncourt, n'aurait pas le droit de critiquer son pays, ses propos fussent-ils antérieurs à l'obtention dudit prix).

Les écrivains sont des éponges. Ils absorbent quantité de mots (un dialogue dans un bus, une affiche, une scène d'un film, etc.), les digèrent, et créent des fictions. Les emprunts de Houellebecq (il les appelle à juste titre des matériaux) sont indéniables. So what? Ce n'est pas exactement du copier/coller, car il a retravaillé les passages pour qu'ils s'intègrent dans son roman. Il n'a fait que son boulot, trouver des mots et les mettre ensemble.

Le problème de cette histoire, c'est qu'elle monopolise l'attention des médias. C'est quand qu'on parle littérature ?


Coming out
Autant prévenir tout de suite les journalistes, dans l'hypothèse où je publierais un jour un livre goncourisable, je pratique aussi le copier/coller. Et comme mon ego surclasse largement celui de Houellebecq, que je considère ma prose comme excellente, je me copie mes propres écrits ! Voici les preuves à charge...

Dans une de mes premières nouvelles écrite en 2004, Rève malgache publiée dans la revue Méfaits et Gestes n°3 en janvier 2007, on peut lire :

(...) À l’époque où il travaillait encore, il prenait ce tramway chaque jour et, quand la saison le lui permettait, il pouvait admirer un panorama que n’auraient pas renié Monet et Boudin ; un ciel d’estuaire, quoique moins changeant, avec des camaïeux de rose et de bleu, et une lumière rasante donnant des reflets cuivrés aux nuages. Il calait même parfois son horaire de travail sur celui du soleil pour en profiter davantage. Les autres usagers avaient le nez dans leur journal gratuit ou leur roman payant ; ils étaient peu nombreux comme lui à observer les changements de saison dans le ciel parisien. (...)

Le 28 juin 2009, sur ce même blog, je publie une Jivaro :

Impressionniste

Le train de banlieue le menait tranquillement vers la capitale. La peinture achetée la veille dans son sac, il portait son regard sur la ville qui s’approchait.
Il était tôt. Il pouvait admirer un panorama que n’auraient pas renié Monet et Boudin, ses références ; un ciel d’estuaire, quoique moins changeant, avec des camaïeux de rose et de bleu, et une lumière rasante donnant des reflets cuivrés aux nuages de ce ciel parisien.
Il descendit du train, il longea les voies jusqu’au tunnel. Il sortit les bombes de son sac et commença à tagguer son nom : MoneZ.

Édifiant, non ? Enfin, sans aucune honte j'aggrave mon cas en formant un triptyque avec le même passage pour la saison 2 des 807,. Voyez ce numéro 47 du 7 mars 2010 :

L'âme sur la toile

« Un ciel d’estuaire, avec des camaïeux de rose et de bleu, et une lumière rasante donnant des reflets cuivrés aux nuages... » le guide continue sa description du tableau tandis qu'une larme coule sur la joue de l'aveugle.

Dubuffet ? des gribouillis ; Monet ? des taches de couleur ; Pollock ? des pâtés de peinture ; Picasso ? des visages qui ne ressemblent à rien ; Warhol ? de mauvaises photocopies... Vous voulez que je vous parle des 807 peintures vues au MoMA ? Inutile. Celles de mon fils les surpassent toutes. Et il n'est qu'en petite section !

« J'ai voulu la peindre avec les couleurs de son âme », seront les seuls mots de l'accusé, professeur aux Beaux-Arts, pendant son procès pour expliquer son geste : l'assassinat de sa voisine et le découpage de sa boîte crânienne avec une scie égoïne.

Si avec un tel scandale je n'obtiens pas le Goncourt ! Sérieusement, pourquoi ces copier/coller ? Simplement parce j'ai trouvé ma nouvelle Rève malgache devenue Poussière rouge finalement un peu faiblarde et ai décidé de la jeter. Je l'ai auparavant dépecée de deux passages intéressants, celui-ci pour la nouvelle de 100 mots, et un autre qui a intégré un livre sur les doughnuts en préparation. Quand j'ai voulu écrire un triptyque sur la peinture après une visite du MoMA en janvier dernier, j'ai aussitôt pensé à la mini-nouvelle. Je trouve assez amusante cette réutilisation du passage, où il prend une dimension différente à chaque fois.

Quatre carnages et un enterrement de Françoise GuérinSi l'inspiration vous titille, n'hésitez pas reprendre ce passage pour écrire un texte (je promets de ne pas réclamer de droits, ni de procès). Un peu à la manière de Francoise Guérin qui propose dans son livre Quatre carnages et un enterrement des pistes d'écriture à partir de ses propres nouvelles. Je conseille fortement ce livre (chez D'un Noir Si Bleu, éditeur toujours aussi excellent) à tous les apprentis nouvellistes, aux animateurs d'ateliers d'écriture, aux profs et aux amateurs de récits courts et percutants. Car, précisions-le, les nouvelles de Françoise sont excellentes, ce qui ne gâche rien.

dimanche 12 septembre 2010

Swinging London

Je vais régulièrement à Londres pour mon boulot. La dernière fois, fin août, j'en ai profité pour prendre la photo suivante dans le but de vous présenter le blog d'un de mes amis les plus proches. Il a gentiment accepté de la polaroïdiser comme il le fait avec ses photos de street art qu'il prend lors de ses promenades à travers le monde.

Photo: FG

Vous trouverez sur son blog 875 (palfium)* du street art, de la musique sa grande passion, mais aussi de la littérature, surtout si elle parle foot, du cinéma, bref de la culture urbaine et de qualité. Je vous signale son blog, pas uniquement parce que c'est un pote, mais surtout parce que j'aime bien sa manière élégante de traiter ses sujets. Voyez la modestie avec laquelle il parle de sa rencontre avec Willy Ronis quand tant d'autres en auraient fait des tonnes sur le thème du moi-je.

Et puisque j'ai commencé avec Londres, terminons avec Londres (ça fera un post cohérent finalement). Voici ce que j'écrivais l'année dernière après un aller-retour Orly-City dans la journée (bonjour la facture en CO2) : une nouvelle de 100 mots, une Jivaro chère à Luc-Michel Fouassier.

Reportage

City Airport. Juillet. Costumes, chaussures cirées. Tailleurs, tongs. Oyster card, DLR, quai, train. Millennium Dome. Photo.
Canary Wharf et ses banques. Photo.
Tunnel, Bank Station. Photo.
Marcher jusqu’à Saint Paul. Photo.
Taxis noirs, bus rouges, cabines téléphoniques rouges. Photos.
Penser qu’on se rend à la Tate pour un reportage. Alors descendre doucement vers la Tamise. Mais flâner et se perdre. Tomber sur the Church of Scientology. Photo.
Tom Cruise dans les locaux selon le Daily Mirror. Des fans dehors. Une voiture diplomatique, un conseiller de l’Élysée. Photo.
Gorille aux trousses. Look right ! Bus, choc. Fin du reportage.


Photo: FG

mercredi 8 septembre 2010

Je n'irai pas à Lauzerte ce week-end

Pourquoi vous lâché-je une telle information ? Et pourquoi Lauzerte ?
Tout simplement parce que tous les ans, début septembre, se tient à Lauzerte ce qui est visiblement l'événement incontournable pour qui aime la nouvelle. J'utilise cet horrible adverbe, visiblement, car je n'y suis jamais allé et ne puis confirmer.

Il semblerait qu'à l'occasion de Place aux nouvelles, on boive, on lie des amitiés, on rencontre des auteurs, on parle de la nouvelle. Bref, que des trucs qui ne m'intéressent pas ! Alors, chaque année, j'y brille par mon absence. Mais je ferai le maximum pour m'y rendre l'année prochaine, soit en publiant un recueil de nouvelles, soit en éditant un (je reviendrai sur ce projet une autre fois).

Cette année comme tous les ans, le gratin de la nouvelle s'y retrouvera place des Cornières, dont des amis nouvellistes que je vous conseille une nouvelle fois de lire : Manu Causse (visitez son purgatoire), Georges Flipo (voyagez avec son Ulysse), Françoise Guérin (passez un dimanche avec elle), Frédérique Martin (écoutez ses silences) et Emmanuelle Urien (prenez un café en sa compagnie).

Je ne serai donc pas à Lauzerte ce week-end, mais on pourra peut-être me rencontrer à Bures-sur-Yvette le samedi 27 novembre pour son premier salon de la nouvelle. Pascale Arguedas animera une table ronde avec Georges-Olivier Châteaureynaud (incontournable nouvelliste), Pascal Arnaud (l'excellent éditeur de l'excellente maison d'édition D'un noir si bleu), Emmanuelle Urien (qu'on ne présente plus) et Chantal Portillo (que je n'ai pas encore lue). Sophie Stern (qu'on a pu lire dans le recueil sur le travail) sera aussi présente, elle jouera à domicile.

Place aux nouvelles 2010, Lauzerte

mardi 8 juin 2010

Chaussures bébé

Ce soir, pour réveiller doucement ce blog, j'aimerais juste vous signaler l'un des blogs d'Anne-Charlotte Chéron : 666 Hemingway. L'idée, comme je les aime, se résume à une double contrainte, à savoir, une photo et un texte de 6 mots. Concision, quand tu nous tiens.

Elle explique ainsi son projet :
6 petits mots devraient toujours suffire
Une histoire en 6 mots et pas un de plus : pari relevé par Hemingway.
Il griffonne sur une feuille : "For sale: baby shoes, never worn" (« À vendre : chaussures bébé, jamais portées »).

Je me suis pris au jeu, on s'en doute, et vous voyez le résultat. Je la remercie d'avoir accueilli ma proposition sur son blog que je vous invite à visiter : Anne-Charlotte fait beaucoup mieux que moi...


Je me dois de vous prévenir, afin de préparer vos oreilles, avec le prochain billet, vous pourrez m'écouter jouer de la guitare et du piano (pas en même temps, évidemment), et chanter.

vendredi 7 mai 2010

Tant qu’il y aura #7

Aujourd'hui, j'ai l'honneur d'accueillir Joachim Séné à l'occasion des Vases communicants (*) de ce mois de mai. Les esprits vifs comprendront que c'est un échange, un crossposting, et que vous pouvez me lire sur son blog, un texte intitulé Le jour de J. Bonnes lectures !


Tant qu’il y aura #7
Par Joachim Séné

Tant qu’il y aura des coiffeurs hallal et des boulangeries masculines, tant qu’il y aura des bazars et spiritueux, tant qu’il y aura des boucheries tout à un euro et des charcuteries direct-usine, tant qu’il y aura des opticiens gros et semi-gros et des quincailleries dégustation, tant qu’il y aura des salons d’essence et des parfums sans plomb, tant qu’il y aura des théâtres de pièces d’occasion et rechanges, tant qu’il y aura des librairies happy hour et des garages pour peaux sensibles, tant qu’il y aura des agences fleuries et des collecteurs immobiliers, tant qu’il y aura des assureurs de mariages et des voyages au poids, tant qu’il y aura des fleurtries chevalines, tant qu’il y aura des tripistes exotiques, tant qu’il y aura des meubles-souvenirs et des bijouteries d’intérieur, tant qu’il y aura des chausseurs d’épices et des massages par correspondance et des peep-audio, tant qu’il y aura des armureries bio, tant qu’il y aura des farces-funéraires et des banques-attrapes et des jardiniques et des pépilleries et des cavirama et des galeries-burger, tant qu’il y aura des brûloirs à piété et des monts-poissonniers et des luxe-o-discounts et des taxibabystes, tant qu’il y aura des prêt-à-comprendre et des kiosques à cravates le long des bouquinailleries, tant qu’il y aura des horloginaires et des lumistreries, tant qu’il y aura des retouches-lingeries, des chocolailleurs, des pâtisseries import/export, des postes franchisées, des rent-a-gare, des facteurs de globes, des artisans informatiques, des paraphotographes et des laboratoires pharmatiques, tant qu’il y aura des détectives de vacances et des disquaires de beauté, des papeteries à consommer sur place et des primeurs sur rendez-vous, et des toilettages pour fumistes et des maroquiquaires, tant qu’il y aura des halles aux barbiers longues distances, tant qu’il y aura des enseignes et des heures suspendues.

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(*) Les vases communicants, c'est le premier vendredi de chaque mois. Voici la liste, peut-être pas exhaustive, des échanges de mai.

France Burghelle Rey et Morgan Riet
Anthony Poiraudeau et Loran Bart
Anna de Sandre et Francesco Pittau
Mathilde Roux et Anne-Charlotte Chéron
Michèle Dujardin et Daniel Bourrion

Jean Prod'hom et Arnaud Maïsetti
Christophe Sanchez et Le Coucou
Antonio A. Casili et Gaby David (English)
Michel Brosseau et Christine Jeanney
Matthieu Duperrex et Pierre Ménard

Joachim Séné et Franck Garot
tiers livre et kill me Sarah
Juliette Mezenc et Ruelles
Cécile Portier et Luc Lamy
Chez Jeanne et MatRo7i

Landry Jutier et notes&parses
Piero Cohen-Hadria (Effacements ou Le jardin sauvage) et pendant le week-end
Florence Noël et Juliette Zara
Marianne Jaeglé (Décablog) et Brigetoun (Paumée)

jeudi 22 avril 2010

Les 807, le livre

Help yourself
Je ne voyais pas l'intérêt de publier un livre à partir du blog des 807, je n'avais pas non plus de temps à y consacrer, ni d'argent, je ne voulais pas non plus de conflits à cause d'une éventuelle rémunération. Liste non exhaustive des bonnes raisons pour ne rien faire. Mais je n'ai pas résisté au harcèlement intensif (environ 5 mails) des participants et des lecteurs. Voici donc Les 807, le livre, 246 pages, disponible pour 9,54 euros (il faut ajouter 2,18 euros pour les frais de port en France métropolitaine) sur thebookedition.com grâce au travail énorme mais néanmoins bénévole des éditions du Transat. Transparence totale : 9,54 euros de coût fabrication et la rémunération de TheBookEdition (ils ne sont pas bénévoles, eux), 0 pour les auteurs, 0 pour l'éditeur. Si vous faites une commande de 100 exemplaires, vous avez une réduction de 20 %.
Nous avons respecté le choix d'un auteur de ne pas figurer dans le livre, et nous avons ajouté une préface. Vous ne le trouverez donc pas en librairie, et nous ne ferons pas de commandes groupées, alors si vous le voulez, help yourself !

Les 807

Les tomates bulgares
Je laisse à présent la parole aux éditions du Transat.

Lorsque nous avons lu ça, « Ce blog existe simplement pour prouver que l’idée que j’ai décrite ici, c’est n’importe quoi. On peut aussi l’envisager comme un hommage à un écrivain pour lequel je suis partagé entre l’admiration et la totale incompréhension. », nous nous sommes dits que les choses avaient bien démarré, non pas à cause du vide immense que la proposition semblait défendre, mais parce que cela parlait de simplicité, d’hommage et d’incompréhension. Des choses platement humaines pour les deux derniers termes, un objectif de révérence pour le premier. Un cocktail en tout cas qui n’était surtout pas celui d’une quelconque émission littéraire. Nous avons donc fait abstraction de ce pudique « n’importe quoi » pour considérer que le médium, Internet, avait de beaux jours devant lui si on prenait soin de l’habiter d’un contenu certes virtuel en ses débuts, mais cadré par une proposition intelligente. Le reste ne serait qu’affaire de gens, de temps et, comme par hasard, d’envie d’écrire.

Et pour avoir, en tant que très modestes virtuels éditeurs de l’édition nouvellement virtuelle, non seulement relu exhaustivement, mais nous être tenu au chevet des productions de tous – avec les limites que l’exercice naturellement comprend –, nous devons dire que nous sommes très fiers de la production au final assez structurée d’un collectif qui nous sidère en tant que tel, parce qu’il s’agit d’un collectif nouveau, fait de personnes que nous n’avons jamais rencontrées et que nous ne rencontrerons jamais. Nous ne cachons à personne que nous avons toujours essayé d’impulser ce type de dynamique, salutaire à notre sens non pas parce que non mimétique, mais parce que ne dépendant pas forcément toujours de ce qui nous vient d’en haut, et l’écriture, encore, est là pour ce faire (même si la pratique abusive de la négation ne la facilite pas).

Certes, les 807 ne vont pas faire la révolution dans le panier de crabes du push-toi-que-je-m’y-mette, certes les choses n’en sont qu’à leurs balbutiements, certes même il ne faut pas crier à la révolution pour avoir pratiqué la microrupture. Mais bon, lorsque nous voyons pousser nos tomates en Bulgarie, cela nous fait plaisir, écologiquement et solitairement parlant. Publier ce truc, c’est, comment dire, de la bonne tomate virtuelle et collective. Et c’est pour contester cette virtualité que nous avons trouvé important d’en faire un livre, alors même que son contenu a déjà été écrit, histoire de replonger autrement dans les bonnes vieilles recettes.

Les 807 existent donc à ce jour dans leur version papier. C’est, après plusieurs siècles de réflexion, de difficultés et de conflits partagés entre ses héritiers, la première publication des éditions du Transat, ce qui, mais comment dire, constitue un petit branle-bas de combat dans le landerneau. Reste encore à savoir lequel.

Peut-être, tout simplement, celui du libérateur « n’importe quoi » de départ.

L’équipe éditoriale
Les éditions du Transat

jeudi 8 avril 2010

Un dimanche, porte de Versailles

Cette année, je suis allé au salon du livre de Paris. Une première. Alors je vous raconte ça. Et puis, auto-promotion oblige, une pub pour un texte déjà lu ici, qui vient de sortir dans un recueil collectif.


Le salon du Garot
Bon, c'est quoi le salon ? Bah, des éditeurs, des libraires, des écrivains et des auteurs. La quadrature du cercle littéraire, quoi. Comme je suis d'un naturel rebelle, j'ai évité les stars : Gavalda, Aubenas, Musso, Thuram. Non, la seule star que je suis allé ennuyer, malgré ma timidité, c'est Martin Winckler. Je l'ai salué et remercié d'avoir publié un de mes textes sur son blog (d'ailleurs, il vient d'en publier un second). Martin est exactement comme je l'imaginais : souriant, disponible, affable. Le syndrome de la grosse tête, trop peu pour lui.
Je suis allé au salon le dimanche 28 mars 2010, j'ai raté des amis qui dédicaçaient leurs livres la veille. Pour finir avec les auteurs, et pour la private joke, Luc-Michel Fouassier a utilisé toutes les astuces dont il dispose pour m'éviter, avec succès !

Le facteur n'est pas passé, de Manu CausseCôté éditeurs, j'ai retrouvé Patrick Dupuis au stand Quadrature. Nous nous sommes déjà rencontrés à l'Amandier de Puteaux lors d'une dédicace. J'ai pu admirer, parmi les dernières publications de la maison belge, la nouvelle édition de Court, noir, sans sucre d'Emmanuelle Urien, excellent recueil, une référence. Louons cette initiative, d'autant que le recueil est augmenté de nouvelles nouvelles.
Je suis aussi passé sur le stand de D'un noir si bleu. Je n'avais jamais rencontré Pascal Arnaud mais il m'a reconnu et m'a rappelé que je lui avais promis un texte. Bon, le texte concerné parle de Haïti, a été écrit avant le séisme, alors je ne sais pas si je vais l'envoyer. Ce texte, j'avais envie de le proposer pour ce truc de dingue qu'est cette collection livret carte postale. Une nouvelle à 3,50 euros dans un format que l'on referme pour former une carte postale, une adresse, un timbre et hop ! Allez sur le site, c'est expliqué. J'ai acheté Le facteur n'est pas passé de Manu Causse, et comme je n'allais pas faire un chèque de 3,50 euros, j'ai pris le dernier recueil d'Éric Fouassier, Les Teignes (très bonne photo pour la couverture).


Pas de travail qui vaille
Et puis, j'ai longuement discuté avec Martine et Daniel Delort, les fondateurs des éditions de l'Atelier du Gué et de la revue Brèves. Il me semble avoir déjà parlé de Brèves, excellente revue littéraire, qui traite exclusivement de nouvelles et de textes courts, faisant la part belle aux textes en limitant la pub et le blabla au minimum syndical.
Je suis abonné à la revue depuis des années, et j'aime particulièrement le panorama qu'elle donne de la littérature française et étrangère, des styles. On a pu y lire, entre autres, Frédérique Martin, Georges Flipo. Quant à l'Atelier du Gué, ils ont dans leur catalogue Un dimanche au bord de l'autre de Françoise Guérin. On sait ici que j'apprécie ces trois auteurs.

Tous les ans, j'envoie un texte, et tous les ans : en vain.

Pas de travail qui vaille, École Estienne / Atelier du GuéAlors lorsque j'ai lu cet appel à textes de l'Atelier du Gué pour une anthologie sur le travail, j'ai envoyé mon Rebours. C'est avec une fierté non dissimulée que je vous annonce qu'il a été retenu pour le recueil Pas de travail qui vaille qui vient de sortir. Je suis en bonne compagnie, à savoir : Lika Spitzer, Michel Calonne, Georges Flipo (encore lui !), Jean Pézennec, Dany Grard, Sophie Stern (bientôt chez D'un noir si bleu), Fabrice Marzuolo, François Teyssandier et Guy Chaty.
Revenons sur ce projet. L'Atelier du Gué a effectué une présélection puis l'École Estienne s'est occupée du choix final des textes, de l'illustration de chaque texte, de la couverture, des corrections, de l'impression, etc. Un beau projet commun entre les élèves du BTS Édition et du DMA Illustration (*). Et surtout un très beau livre. Je remercie l'Atelier du Gué, l'École Estienne et tout particulièrement Michiru Baudet pour l'illustration de Rebours.

Pas de travail qui vaille, École Estienne / Atelier du Gué, 96 pages, illustré, 14 euros. Couverture : illustration de Lise Perret

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(*) Je précise pour les ignares dont je faisais partie, pour leur éviter une recherche, DMA est l'acronyme de Diplôme des Métiers d'Art.

samedi 6 mars 2010

Le roman dont JE suis le héros

Où l'on apprend que je suis commissaire de police dans une autre vie, fictive celle-ci.


Quelle pagaille !
Pagaille monstre de Jérôme AttalNon, je ne vais pas vous parler du dernier livre de Jérôme Attal. Je ne l'ai pas encore lu. Allez, et puis oui finalement, car l'idée mérite qu'on s'y attarde. Tout d'abord, je vous ai déjà parlé sur ce blog du parolier le plus hype de Paris (il a récemment adapté du Johnny Cash pour Eddy Mitchell) à l'occasion de son Journal fictif d'Andy Warhol, et j'en avais profité pour pousser la chansonnette : vos oreilles s'en souviennent. Douloureusement.

Il propose avec son dernier livre, Pagaille monstre, à la manière des livres « dont vous êtes le héros » qui pullulaient dans les années 80, un livre où le lecteur choisit lui-même l'évolution de l'histoire. Seulement, et c'est là la nouveauté, il a transposé le concept de la science-fiction/fantasy à un autre genre littéraire, ici les errances amoureuses, les chassés croisés, etc.
Je ne sais pas à quoi il carbure, mais son cerveau est un véritable générateur d'idées. Déjà, celle du Journal fictif... Chacun sait néanmoins, pour paraphraser Mallarmé, qu'on n'écrit pas avec des idées mais avec des mots, alors j'ai hâte de vérifier si le livre tient ses promesses, et j'en parlerai avec l'auteur qui sera en dédicace le 8 mai 2010 à la librairie l'Amandier, à Puteaux.

Peut-être va-t-il initier un mouvement, et que d'autres auteurs vont écrire des livres « dont vous êtes le héros » sur d'autres sujets. J'adorerais, par exemple, un livre similaire se passant dans le monde de l'entreprise : le harcèlement, les plans de licenciement, les promotions canapé... Je vous arrête tout de suite, je serais incapable d'écrire un tel livre, c'est bien de connaître ses limites.
Mais bon ce type de livres, tout de même, assez démocratique (tous les lecteurs peuvent être le héros), ne vaut pas, pour l'orgueil, un livre dont JE suis le héros, je veux dire un livre dont Franck Garot est, sinon le héros, un des personnages.


Le commissaire Garot
Vous connaissez Nicolas Ancion ? Il y a quelques années, Nicolas et moi participions aux concours de nouvelles. Depuis, il a choisi de se consacrer entièrement à l'écriture (je crois qu'il continue toujours les concours), alors que je suis resté un dilettante.
Et comme il le dit ici, « un écrivain, à mes yeux, c'est quelqu'un qui écrit, avant tout .» Alors il n'arrête pas, il écrit sans cesse, monte des projets les plus fous. Sa dernière folie ? Écrire un polar en direct de la Foire du livre de Bruxelles, et en 24 heures chrono. N'importe quoi ! Nicolas : Tu devrais voir quelqu'un, pour reprendre un titre de roman... Il explique sa folie sur son blog.

Nicolas Ancion écrivant son polar en direct du L@b du journal Le Soir à la Foire du livre de Bruxelles. (c) Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

Si j'en parle ce soir, ce n'est pas seulement par amitié, mais aussi parce qu'il a utilisé mon nom pour un de ses personnages, un commissaire alcoolique, c'est un rôle de composition évidemment, je ne suis pas commissaire. Bien entendu, je ne suis pas le seul Franck Garot de la planète, mais c'est bien mon nom qu'il utilise et non celui de mon homonyme de cousin par exemple. En tout cas, j'avais trouvé l'idée très plaisante, il avait carte blanche pour le personnage, et je ne suis pas déçu.
Enfin, la question qu'on se pose maintenant que son polar est écrit, c'est : et ça donne quoi ? Vous pouvez le lire sur le site du journal Le Soir. Je trouve qu'il s'en sort plutôt bien. Bien entendu, ce n'est pas publiable en l'état, il faut un travail de correction, de finition. L'écriture, c'est du travail, beaucoup de travail, après le premier jet, mais ce qu'a fait Nicolas est déjà énorme. Je ne sais pas si son polar sera à terme publié, je serais curieux de voir la différence avec cette première version. Quoi qu'il en soit, bravo l'ami !

Je ne résiste pas à vous donner à lire le début du polar, où le commissaire Garot se soulage.

Une très petite surface

1. UN

La rue est sombre mais pas tout à fait silencieuse. Quelle heure peut-il bien être ? Deux ou trois heures du matin ? L'éclairage public ponctue de taches palotes le trottoir de droite, où de moches jardinets tentent de donner un air joyeux à des maisons ouvrières défraîchies. Du côté gauche, un grillage industriel longe la rue, laissant entrevoir un terrain de football.
On entend au loin le ronflement de la ville assoupie et de ses habitants enterrés sous les couettes. Un moteur de voiture se rapproche. Il vrombit et vrombit à nouveau. Une Renault Mégane blanche s'engouffre dans la rue à vive allure, elle zigzague à la hauteur des jardinets et vient racler le trottoir juste devant le dernier bâtiment. Un homme descend du côté conducteur, respire une grande bouffé d'air et marche jusqu'au seuil de la maison en sifflotant. Ce n'est qu'après avoir introduit la clef dans la serrure qu'il remarque que la portière est restée ouverte. Il retourne sur ses pas, claque la portière d'un geste solennel et ouvre, sans plus de précautions, sa braguette face au terrain de football.
La flaque à ses pieds s'étend de seconde en seconde, elle ressemble d'abord à la Wallonie, tout en largeur, puis à une espèce de France sans le Finistère, pour finir en long ruisseau qui dévale vers le caniveau.
L'homme lève le nez vers le ciel et cherche la lune, qu'il ne trouve pas, pour cause de ciel nuageux. Il ne s'en soucie pas et retourne à la maison, empruntant une trajectoire presque rectiligne, dont il est très fier.
Il est un peu saoul, le commissaire Garot.
Franck, qu'on l'appelle dans le service.
Il veut monter les marches quatre à quatre mais s'agrippe bien vite à la rampe.
Les murs ondulent et l'escalier tortille.
Il s'assied un instant. Pense à sa fille.
Ça n'aide pas à dessaouler, encore moins à retrouver l'équilibre. Elle est là-haut dans sa chambre, la petite. Il a envie de la voir. Il monte à quatre pattes, atteint péniblement le palier, la maison est petite, heureusement, les étages ne sont pas trop hauts. Il se redresse enfin et avance à pas feutrés vers la chambre de sa fille, l'entrouvre et glisse un œil. La lampe du corridor éclaire le lit aux draps fleuris.
Il est vide.
Le commissaire Garot vacille, repousse la porte contre le mur. Tâtonne à la recherche de l'interrupteur, allume le lustre.
La lumière vive lui fait plisser les yeux. Le lit est vide mais il est soigneusement refait.
Natacha est sortie. Natacha n'est pas rentrée. Natacha s'est fait agresser. Les hypothèses les plus horribles se bousculent dans la tête du commissaire.
Il referme la porte et décide de filer aux toilettes pour soulager son estomac. [lire la suite]


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Photo: Nicolas Ancion écrivant son polar en direct du L@b du journal Le Soir à la Foire du livre de Bruxelles. (c) Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

vendredi 19 février 2010

Le guano du poète

En 2007, pour la publication du livre de Jean-Paul Lamy, Mot Compte Double avait proposé comme contrainte à ses chroniqueurs d'écrire un texte à partir du titre. Il a donc été question de goélands. Bien entendu, j'ai répondu à l'appel et j'en ai profité pour y mêler des thèmes qui m'intéressent : Hugo, fiction/réalité, Baudelaire, poésie, Boudin, souvenir, Honfleur...


J'en parle ce soir car j'ai récemment relu ce texte, Le banc du goéland, notamment parce que j'avais l'ambition de le réduire à 100 mots. J'en parle aussi parce qu'il me revient ce projet de recueil de haïkus inspirés d'artistes et écrivains, des phares comme le disait Baudelaire. En voici un sur Baudelaire justement, qui finalement, mieux qu'en 100 mots, résume parfaitement mon Banc du goéland, comme quoi, la concision...


Assis sur un banc
Charles regarde la grève
Un goéland pleure


Je dois avouer être fier de ce haïku, notamment pour le double sens des mots banc, grève et pleurer (un goéland pleure, comme un mouton bêle). Seulement, écrire un haïku comme celui-ci tue dans l'œuf tout projet de recueil, car mes autres haïkus, à côté de celui-ci, paraissent nullissimes.

Alors, j'invite ceux qui aimeront le début du texte à continuer leur lecture sur Mot Compte Double qui regorge de pépites (Joël Hamm récemment).

Le banc du goéland

Honfleur, mai 1859. Il regarde par la fenêtre le jardin puis, au-delà, l’estuaire où la brume matinale termine de se lever. Il ne voit pas encore Le Havre, ni les voiles au loin remontant vers Harfleur. Aucun bruit dans la maison-joujou ; sa mère est certainement sortie. Il décide d’aller se promener. Il descend au rez-de-chaussée, enfile son manteau, hésite à prendre son chapeau, finalement non, il sort sans, descend les six marches pour gagner la rue, cette rue qui portera un jour son nom. Il se dirige vers la Seine. Quelques minutes plus tard, il débouche sur la place de la batterie avec son phare fraîchement édifié. Il aperçoit un goéland tranquillement perché sur un banc face à l’estuaire. Solitaire. [lire la suite]

dimanche 24 janvier 2010

DCCCVII.2

Comme le dirait sûrement Darius, le personnage du jubilatoire roman d'Arnaud Le Guilcher En moins bien, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Alors, la saison 2 des 807 vient de commencer.
Quelques changements, l'adresse d'abord. Ensuite, pour m'épargner du travail, un seul auteur chaque jour et pas de traduction de nombres, mais un titre. Chaque publication est un triptyque, avec un 807 parmi les propositions de la triplette, j'ouvre aussi les commentaires, mais si les trolls rappliquent, je ferme.
Ce qui ne change pas : l'heure de publication, 8 h 07, l'adresse mail pour participer (les807 chez free.fr) et je reste l'éditeur et correcteur, le gars un peu pénible qui demande parfois aux participants de revoir leur copie.
J'espère que cette nouvelle formule permettra de belles choses. Et la triplette du jour est inspirée de cette photo (la Maison Blanche a demandé le retrait de cette pub).

De la publicité

dimanche 17 janvier 2010

Des pancakes pour Mauvignier

Ce soir, je ne vous parlerai pas du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes.

Non, je ne vous en parlerai pas, mais vous pouvez en écouter la page 48. Et puis, pour continuer de ne pas en parler, j'ai écrit un pastiche, Des pancakes, où je donne une suite à mes histoires de doughnuts. Qu'il pardonne le scribe, comme le dit Manu. Car il ne faut pas en parler, du roman de Mauvignier : il faut le lire. Et plutôt que d'obliger les gamins à assister à une lecture de la lettre de Guy Môquet, il faudrait imposer la lecture des Hommes de Mauvignier aux lycéens. Ce livre est mon Goncourt. Mais à continuer dans cette veine (rappelons Dans la foule), c'est le Nobel qu'on va lui donner. Évidemment, Des hommes fait mal à l'humanité qui nous reste, c'est justement ce qu'on demande à la littérature.

Et si vous avez encore faim, je vous propose quelques pancakes. Et pas d'illustration ce soir, juste des mots, ne pas distraire le lecteur.



Des pancakes
(à la manière de Laurent Mauvignier)

Ce regard quand elle est rentrée et qu’elle m’a vue dans sa cuisine avec ses filles, quand elle m’a vue leur préparer des pancakes. Ce même regard qu’elle adressait à son père avant, plein de haine et de peur. Et moi, dans sa cuisine. Moi ne sachant que faire de ce regard, incapable de le soutenir, cherchant à désamorcer une charge que je sais imminente.
Ce sont les petites qui –
Ce ne sont plus des gamines ! Elles ont quinze ans.

Ne pas insister, continuer à préparer les pancakes, chercher la confiture de cranberries dans les placards, et ne pas trouver, ouvrir des portes, en vain. Les petites ne disent rien, n’osent rien dire, elles attendent. Mary est restée à l’entrée de la cuisine, me jaugeant, se demandant sûrement ce qu’elles ont bien pu me raconter, imaginant un complot alors que.

J’ai pensé qu’il faudrait que j’explique ma présence dans sa cuisine aujourd’hui, lui décrire la voix de Maureen au téléphone ce midi, et Caryn que j’entendais sangloter à côté (devinant qu’elle relevait inlassablement sa mèche tombante à chaque hoquet), lui dire que j’avais entendu un appel au secours, pas le récit d’une dispute entre une mère et ses filles, que – enfin, non, pas la force de me justifier – alors plutôt parler des faits,
Elles m’ont parlé de leur père –
Mais ce n’est pas leur père !

Elle entre dans la pièce et s’affaisse sur la première chaise, plus fatiguée qu’exaspérée.

Je me souviens très clairement de Ray, ce père qu’elles viennent de retrouver, ou trouver. Je ne me rappelle pas de son nom, seulement de son visage, assez laid. Il était venu deux ou trois fois à la maison avec Mary. Ils formaient un drôle de couple : lui avec sa tête de premier de la classe binoclard, maigre et blanc comme un linge, et ma fille, grasse, renfermée, des idées comme sa peau ébène. Nous n’étions pas certains qu’ils se fréquentaient vraiment. Quel était son nom déjà ? Ray... Je demande à Mary, Maman, ne t’y mets pas. Ce n’est pas le père des jumelles. Je l’ai vu tout à l’heure. C’est impossible.
Je me rappelle très bien quand elle nous avait annoncés qu’elle était enceinte à son père et à moi. Elle n’a jamais voulu nous dire qui lui avait fait ça. La fureur de son père alors. Comme il l’avait battue, j’avais dû appeler les voisins pour le maîtriser, il était devenu fou, il hurlait : c’est quoi son nom à ce fils de pute ? C’est quoi son nom à ce fils de pute ? Bordel ! Et elle, effrayée : je sais pas Papa, je te jure, et lui redoublant les coups, les postillons accompagnant les questions, jusqu'à cracher ses questions : qui a osé ? Qui a osé toucher ma petite fille ? Personne papa, je te jure, personne.

Elle n’a jamais voulu nous dire.

Jamais.

Elle reprend : ce Ray veut être le père des filles, il m’a menacée d’un procès. Je n’ai pas les moyens pour un avocat, tu le sais. Alors j’ai réfléchis, et je me dis qu’il pourra leur payer leurs études.

Mais quoi. Il faudrait la croire ? Croire qu’elle accepterait pour le bien des petites. Les petites qui restent dans leur mutisme, incrédules, ne sachant s’il s’agit encore d’une manœuvre. Déchirées entre la joie et la crainte. Moi-même, je me demande si Mary est sérieuse, ou si elle n’avoue pas là avec cette histoire d’avocat pour sauver la face – sa face au bord du naufrage, je le vois –, que ce Ray est effectivement le père des petites. Et ce silence qui s’installe alors. On entend une sirène de pompiers dehors, un pancake grésiller dans la poêle derrière moi, et nos quatre cerveaux endoloris cherchant une issue à cette discussion.

Une issue.

Bon, je te sers un pancake ?
Non merci, j’ai déjà mangé des doughnuts avec Ray.

Et elle fond en larmes.

lundi 4 janvier 2010

Du blog au blog : apprendre à finir

Où l'on parle d'une réponse de Chevillard, où l'on en finit avec Chevillard et où l'on annonce Mauvignier pour apprendre à en finir avec Chevillard, parce que ça suffit : on parle trop de Chevillard ! Maintenant (enfin le 14 janvier), lisons-le.

De blog à blog
L'Autofictif voit une loutre de Éric Chevillard (l'Arbre vengeur)Aujourd'hui, 4 janvier 2010, je prends un an, rien d'exceptionnel, cela arrive tous les ans, et sans aucune fantaisie, toujours à la même date. Si personne n'y a encore pensé (ce serait pourtant le genre d'Éric Faye, ou celui de Bernard Quiriny), je vais écrire une nouvelle sur un personnage dont l'anniversaire change de date chaque année, de manière imprévisible. Enfin, évacuons le non-événement de mes 38 ans (pour le cadeau, choisissez une guitare Vigier Excalibur plutôt que le dernier livre d'Alexandre Jardin) parce que c'est surtout l'anniversaire de la mort d'Albert Camus, et, plus simplement, parce qu'Éric Chevillard publie ceci sur l'autofictif :
On demande parfois à mon éditeur et à moi-même aussi d’ailleurs pourquoi nous publions L’Autofictif en volume. Et l’on s’inquiète : serait-ce purement vénal ? Balayons ce vil soupçon qui ne repose sur rien puisque ni ma famille ni moi non plus n’avons jamais faim aux heures des repas. Je n’ai en conséquence pas besoin de gagner ma vie en monnayant bassement le fruit de mon activité comme le font, toute honte bue, tant de travailleurs cupides des secteurs primaire, secondaire et tertiaire.

Je suis payé cent fois de ma peine par le sourire qui, certains matins, j’ai plaisir à le croire, réjouit la figure blême de mon lecteur accablé par le poids de ses responsabilités professionnelles si insuffisamment rétribuées. Mais j’aime les livres, que voulez-vous, c’est aussi bête. J’aime leurs pages légères et le fil serré qui les relie.

Et donc je leur confie ces mots imprimés une première fois dans la buée que forme notre souffle court sur la vitre de nos écrans.

D'aucuns y lisent une réponse à mon précédent billet. Personnellement, j'en doute, l'écrivain a certainement mieux à faire que de se perdre sur ce modeste blog. Je me permets de reproduire son triptyque pour sa qualité et parce qu'il apporte deux points que j'avais négligés, négligeant que je suis : tout travail mérite salaire (à ce propos, j'ouvrirai cette année le dossier des recueils de nouvelles collectifs), et l'amour du livre. Histoire de clore le sujet, si vous êtes d'accord.

Chevillard, les 807 et moi
Choir de Éric Chevillard (Minuit)J'en profite pour préciser mes relations avec Éric Chevillard : aucune.
Nous ne nous connaissons pas, aucun échange, je ne souhaite pas spécialement devenir son ami, ne refuserais cependant pas de boire des coups avec lui. Quant à son œuvre, je suis partagé entre l'incompréhension (Du hérisson m'est tombé des mains) et l'admiration (Démolir Nisard, j'en parle ici), et ne peux parler de l'un sans préciser l'autre. Je lis quotidiennement l'autofictif, qui m'a inspiré, par jeu et par hommage, les 807.
Et c'est par l'intermédiaire d'une factrice de charme (merci Miss) que je lui ai proposé de terminer les 807. Il m'a félicité et fait parvenir (merci Miss) sa contribution. Je lui en suis éternellement reconnaissant. J'achèterai son prochain roman et le lirai dans l'avion qui me mènera de Paris à New York, et ce, en dépit des risques que je prends en introduisant dans un long courrier à destination des États-Unis un livre intitulé Choir.

C'est le moment de vous donner le fruit de mes réflexions sur une suite des 807 : il n'y aura pas de saison 2. Du moins, ce serait sans moi.

J'ai pensé créer un autre blog chevillardien, Ta gueule Nisard, où les participants donneraient de nouveaux faits et gestes de ce couard de Nisard, sous forme de dépêches ou autres, pour prolonger Démolir Nisard. Seulement, je trouve cela bien prétentieux de vouloir être Chevillard à la place de Chevillard, même s'il y a eu parmi les 807 de belles chevillardises.

Pour finir, le prochain post sera un pastiche de Laurent Mauvignier intitulé Des pancakes, et il est fort possible qu'il soit accompagné d'une lecture versatile.