samedi 12 décembre 2009

Erika et les hyènes

Ce soir, séquence souvenirs avec un naufrage et la prose d'Alphonse Allais.

Une pensée pour Erika
Le 12 décembre 1999, le pétrolier Erika faisait naufrage. Je termine donc ma dixième année de boycott, je n'achète plus d'essence au groupe Total. Enfin, soyons honnête, deux exceptions tout de même, pour éviter une panne.
Je ne suis néanmoins pas dupe : le groupe embauche des traders qui achètent et revendent du pétrole sur le marché des matières premières. Alors bien malin qui saurait dire avec certitude que l'essence qu'il achète chez Auchan, voire BP n'a pas été raffinée à partir de pétrole extrait dans une usine Total, quelque part dans le monde, allez, au hasard, en Birmanie par exemple.
En tout cas, je suis assez fier de mon boycott qui s'avère diablement efficace. Oui, le résultat est édifiant : le groupe Total ne s'est jamais aussi bien porté ! Les actionnaires me remercient. D'ailleurs, cela commence à se savoir car TF1 vient de me demander de boycotter la chaîne, histoire de lui donner un coup de pouce.

Total, (c) Cédric Galopin

La vieille étournelle
Bizarre ce billet, encore une fois, vous vous demandez où je veux en venir. Pourquoi vous parlé-je de Total ? Quel rapport avec la littérature ? Eh bien, c'est l'occasion de lire Marées noires, la nouvelle de Bernard Quiriny dans ses Contes carnivores (précisons que pour l'apprécier, le second degré est de mise). Je recommande grandement ce recueil, inégal certes, mais drôle et drôlement inventif. Je ne vous en proposerai pas l’écoute de la page 48, car elle est blanche, vide de mots. C’est aussi l’occasion de relire Alphonse Allais, ce fou qui voulait construire les villes à la campagne. Ce fou écrivait ceci il y a plus d’un siècle (publié le 14 novembre 1900 dans Le Journal) :

Hyène, hyène, tu me fais languir !

Le jour viendra – je ne me lasserai jamais de le répéter – où l'humanité aura tiré des flancs du globe toute la houille, en aura pompé tout le pétrole, et, ce jour-là, je me demande un peu quelle tête fera l'humanité, cette vieille étournelle !
Donc, préparons-nous-y dès maintenant à cette date ; habituons-nous à nous passer de la vapeur, fabriquons notre électricité, avec ces moteurs naturels qui s'appellent les chutes d’eau, le courant des rivières, le flux et le reflux des mers, le vent, etc., etc.

Étonnant, non ? La suite du texte ressemble à du Allais, il propose d’utiliser l’énergie des hyènes (oui, les animaux) pour remplacer le pétrole. C’est très drôle, évidemment. Pas sûr cependant qu’il se marrerait autant aujourd’hui.
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Photo: Total, de la série Background, (c) Cédric Galopin
J'en profite pour signaler
Dualité l'exposition de peintures de Cédric Galopin aux Parasols de Rungis jusqu'au 22 janvier 2010.

mercredi 25 novembre 2009

Rien à boire

Le 25 novembre 2008, j'écrivais qu'il n'y avait rien à lire sur ce blog. Aujourd'hui, j'ai le regret de vous annoncer qu'il n'y a rien à boire. Et pourtant Vers minuit souffle sa première bougie. Merci à vous, lecteurs, et bien entendu, le blog reste ouvert.


dimanche 15 novembre 2009

807 : fin de la saison 1

Les 807Voilà, c'est fini, comme le chante Jean-Louis Aubert, et pour mes amis anglophones, this is the end, comme le chantait Jim Morrison (un peu plus glamour). Demain lundi nous vous offrons un bouquet d'une quarantaine de 807, et le 807e sera publié mardi à 8h07.

Le titre du billet peut être lu comme une promesse (chouette bientôt une saison 2), comme une précaution (ne fermons pas la porte) ou comme une technique de mauvais commercial (viendez souvent sur mes blogs pour savoir quand reprendront les 807 alors que je sais la fermeture définitive).
Je vous sens hésitants, est-ce du lard ou du cochon mexicain ? Allez, je suis bon : option 2. J'ai besoin de temps pour terminer trois livres, et les 807 m'en prennent énormément. Le numéro 807 me paraît un bon chiffre pour une pause.

Sincèrement, je ne sais pas encore si cette pause sera définitive. Mais il est certain que si les 807 reprennent du service, ce ne sera pas avant fin janvier. Et j'en profiterais pour changer la formule, pour trois raisons : ne pas lasser, donner plus de liberté aux auteurs et diminuer ma charge de travail.
Et comme je l'écris dans le 806e, merci à tous.

mercredi 4 novembre 2009

The Doughnut in a Pinch

Comme promis, here is the translation de mon pastiche de Marie NDiaye (Goncourt 2009 !). J’ai des amis et des collègues all over the world, de Bangkok à Dallas, from New York to Beijin, de Moscou à Glasgow, and these friends ne parlent pas tous french. Ils me demandent ce que j’écris, sure they won’t ask me après ça. Thanks a lot to Sharon for the translation, and as usual l’illustration est une œuvre de Abbey Ryan. Bonne lecture !


The Doughnut in a Pinch
In the style of Marie NDiaye

Caryn is looking at me, unless she is Maureen, I can’t tell them apart, she glares at me because she doesn’t like my answer, although, in any case, she wouldn’t have liked any other. My daughters reject and criticize everything I say, incessantly reproaching me for their not having a father – it’s my fault. They think that I decided that they wouldn’t have a father, while still I don’t know how I could have Powdered Donut No. 4 by Abbey Ryan gotten pregnant, and I am not ashamed to say I am convinced that I didn’t sleep with anyone at that time, finding myself too fat, boring and therefore too ugly to be of interest to decent boys; and to have, in a moment of weakness, confided this to my daughters, they consider me a nut case, calling me the virgin Mary. Is it possible to have such a relationship with one’s mother? When in any case this mother would be incapable of distinguishing the twin girls that she gave birth to and whose father is unknown? A father who, no matter who he is, would he be able to distinguish one from the other, himself? Would he be able to say with any certainty what differentiates the girls since they are continually changing? Because they do change, I am sure of it. I had made note of a beauty mark on the right cheek of Maureen. Today that beauty mark is on the left cheek of Caryn. Caryn was in the habit of tucking behind her left ear, the hair that was always falling in her face. Maureen now has this habit, but with the right ear. Maureen used to like glazed doughnuts unlike Caryn who now likes them. They are planning to drive me crazy. I believe that they are conspiring with the furniture. The armchair in which I am sitting, for example, as I was reading when they came to ask me who knows what. This comfy old chair always greeted me with kindness, that cuddled me very often, and well, it’s with them from now on: it now hurts my back, it moves ever so slightly when I leave the room, and it changes color. I’m not saying that it changes from green to orange, no, its change is more nuanced, insidiously, just enough for me to notice it and just too little for me to report it. I forget about the question that my daughter asked and the answer that earned me her glare. She shakes a Dunkin Donuts bag under my nose. Maybe she’s upset with me for not ordering the variety she wanted? So, Caryn looks at me. Unless she’s Maureen. It’s of little importance since they are both in front of me. The one who isn’t looking at me is staring at her feet. Initially, it was Maureen who was the most shy, now I’m sure of nothing. The only thing of which I am certain today is that they both despise me maniacally. My daughter gives up glaring at me, I now find some irony in the way she looks at me, and I await something treacherous as I sink down into my armchair which pushes me away gently but firmly. I tell you, that chair is on their side.
She declares “Your brain looks like a doughnut – with a big hole in the middle”. I don’t get where she is coming or going with this doughnut metaphor. So, I opt for indifference, which disappoints her. She announces “We’ve found Dad. He lives in Manhattan.” Then she tells me that they met him six months ago, and that they’ve been seeing him regularly since – that he has become someone important on Wall Street; that he has never been able to tolerate that I hid their birth from him; that he would have married me; that we would have been a family, but it’s too late now, he no longer wants to see me, but he does want to see his girls.

She stops to analyze the effect of their words by the look on my face. Many seconds pass. She seems satisfied with the result. She says to me “Mom, we are 15, we have the right to decide, and we want to live with him, and he is OK with it.” My eyes fill with tears and I scream out “be quiet!” I am not screaming because they want to leave, but because I still have no idea who they could be talking about. Who is it? Who is your father? I was too fat and too ugly to have slept with anyone. How can I make you understand, Caryn?
Unless you’re Maureen.

Translation by Sharon Bardfield-Phillips

samedi 24 octobre 2009

Je vous invite au bal

Calipso, le café littéraire, philosophique et sociologique comme il se définit, a donné carte blanche à Suzanne Alvarez. Alors Suzy a ramené ses potes dans le café, ils se sont rapidement mêlés aux habitués, on a monté le son du jukebox et ce beau monde a improvisé un bal tendance populeux. Depuis quelques jours donc, le bal des 500 entraîne poètes et nouvellistes, et c'est à mon tour ce soir de pousser la chansonnette, sûrement pas la plus gaie. Venez découvrir une nouvelle de 100 mots, Ventre, avant un rappel pour le bouquet final, Radio dans quelques jours.


mercredi 21 octobre 2009

Je vous invite au Krispy Kreme

Magali Duru, avec la complicité de Monique Coudert, avait lancé sur son blog un appel à textes oulipien. Il fallait écrire un texte avec les phrases suivantes, et dans l'ordre :
La place en est couverte
Sept à trois il me semble
Pourquoi pas juste un vert ce serait l’idéal
Je ne ferme pas la porte
Autrefois c’était beaucoup plus fort
Montrez-moi cette main
Exactement
Je sais très bien d’où vient cette lettre
Mais pourquoi l’ajourner

J'ai répondu présent, évidemment. Après ceux de Joël Hamm et de Pierre Magnin, vous pouvez trouver le fruit de mon imagination avec Au Krispy Kreme, une suite à mon Doughnut à l'étroit (d'où l'illustration qui suit).

Sprinkle Donuts by Abbey Ryan
À ce propos, je finalise la traduction du premier doughnut qui sera bientôt publiée ici, eh oui, la littérature n'échappe pas à la mondialisation, je suis obligé de répondre à la demande qui me vient de Thaïlande, Russie, Écosse, États-Unis...

Enfin, je prépare la suite et la fin de cette série. Comme pour les 807, à partir d'une idée un peu conne, j'élabore un projet plus complexe qui, je l'espère, vous intéressera.

La prochaine fois, je vous parlerai du bal des 500.
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Illustration : montage à partir de peintures de Abbey Ryan, la série Sprinkle Donut. Cliquez sur l'image pour aller sur son blog, Ryan Studio.

mercredi 14 octobre 2009

Ne donnez pas le Goncourt à Marie NDiaye !

Puisque nous sommes entre nous, je vais vous avouer une faiblesse : je suis un fan de Patrick Modiano, Jean Echenoz et Marie NDiaye. Merci de ne pas le répéter.

Snob avant tout
Aimer un écrivain qui a obtenu le prix Goncourt est une faute de goût. On le sait, ce prix n'a aucune valeur, ce n'est que magouilles et compagnie entre éditeurs par l'intermédiaire de leurs représentants dans le jury.
Il est ainsi de bon ton de dénigrer les primés dont on ne récompense pas le talent, mais celui de leur éditeur pendant les négociations (ah bon ? on dit délibérations ?). Et, pour couronner le tout, le prix fait vendre, beaucoup même, alors évidemment, ces écrivains deviennent nantis, pourris, n'écriront plus que de mauvais livres. Soyons donc snobs, ne lisons pas les Goncourt. Ou en cachette. C'est pourquoi je demande au jury d'épargner Marie NDiaye.

Modiano sous l'imper
Le Magazine littéraire #490Être fan c'est, quoi qu'il arrive, lire pratiquement tous les livres de l'écrivain, acheter le Magazine littéraire qui lui consacre un dossier. Je confirme : je suis fan de Patrick Modiano, enfin, de ses livres. Seulement, Monsieur Modiano a eu l'indélicatesse d'obtenir le prix Goncourt avant que je commence à le lire. J'use donc de toutes les techniques pour cacher mes lectures. J'utilise la carte d'abonnement de mes enfants quand j'emprunte un de ses livres à la médiathèque, et si j'achète le livre, je mets lunettes de soleil et imperméable et vais commettre une infidélité à mon libraire dans un lieu impersonnel : la Fnac. Et si la caissière saisit le livre trop longuement, si je la vois lire le nom de l'auteur, j'ajoute que c'est pour offrir, que tout le monde n'aime pas la littérature. Une fois rentré, je m'enferme et mets Le Baiser Modiano de Vincent Delerm pour lire le nouveau chapitre d’une œuvre faite d'absences, d'ellipses, de silences, une œuvre singulière et indispensable.

Le cas Echenoz
Je m'en vais de Jean EchenozJ'ai découvert Jean Echenoz avec Les Grandes Blondes. J'ai depuis tout lu de lui. Il dit de son œuvre qu'elle est géographique, ce qui est vrai quoique réducteur, car elle est aussi cinématographique (les transitions entre les chapitres, relire L'Équipée malaise) et musicale (quel rythme !). Et j'admire particulièrement son utilisation du futur, implacable. Et voilà qu'en 1999, Je m'en vais reçoit le prix Goncourt. Finies les discussions entres amateurs sur cet auteur à la limite du polar ; tout le monde s'est mis à lire notre Echenoz. J'ai donc adopté la même technique que pour Modiano, préférant néanmoins le jazz à Vincent Delerm, le rythme à la nostalgie.

Une femme puissante
Le Matricule des anges #107Avec Marie NDiaye, je pensais avoir trouvé un écrivain digne de confiance. J'avais adoré La Sorcière. Cette intrusion du fantastique pour illustrer l'étrangeté des relations humaines, ces personnages vils, couards. Pour sûr, la maison de retraite de Drouant allait laisser NDiaye en paix. Que nenni !
Son dernier roman, Trois femmes puissantes, figure, à juste titre, parmi les favoris pour le Goncourt 2009. Seulement, à quoi bon décerner ce prix à un livre dont on annonce près de 150 000 exemplaires vendus ?
Bien entendu, être fan ne dispense pas de la critique, au contraire. J'apprécie moins le théâtre de NDiaye, notamment Puzzle, et ses nouvelles (clin d'œil à Magali).
J'en profite pour signaler le pastiche commis ici (j'annonce la traduction en anglais pour bientôt) et ma lecture versatile disponible depuis hier (merci Pierre).

Alors, ce Goncourt ?
Tiens, au hasard, pourquoi pas Minuit ? Dix ans déjà depuis Echenoz. Peut-être pas à Jean-Philippe Toussaint, qu’on lit beaucoup au Japon, on le garde pour un Nobel dans quelques années, alors Laurent Mauvignier ! Dans la foule a laissé des marques chez moi et les premières pages de son dernier livre, Des hommes m'ont paru prometteuses.

Au cas où, le jury me suivrait, et pour ne pas subir la colère de Marie NDiaye, je serai sous les tropiques (à défaut de littérature géographique, je donne dans la géographie) le 2 novembre à 12h45, heure de Paris.