dimanche 7 juin 2009

Un dimanche au purgatoire

Évidemment, vous le savez, Françoise et moi, c'est une longue histoire. Littéraire, bien entendu. Cette histoire a commencé à l'époque où elle raflait tous les prix des concours de nouvelles avec ses deux amis Flipo et Urien. Puis elle a ouvert Mot compte double, une maison de fous, qu'elle m'a invité à rejoindre. Ce que je ne pouvais refuser. Quant à Manu Causse, c'est récent, quelques mois tout au plus, j'ai découvert son blog, sa musique, ses 807, pour enfin lire un de ses livres, et je ne le regrette pas.


Un dimanche au bord de l'autre de Françoise Guérin
J'avais aimé son premier recueil, Mot compte double (oui, comme le blog, pure coïncidence). Seulement, j'avais trouvé qu'il manquait de cohérence. Du reste, comme d'autres recueils de la maison Quadrature. Je dis cela sans aucune volonté de déprécier le recueil (excellent) ni le travail de l'éditeur (essentiel). C'est juste que je suis un vieux garçon bourré de principes parmi lesquels celui qu'un recueil doit être cohérent, au niveau du style, des thèmes. Cela ne remet absolument pas en cause la qualité de chaque nouvelle. Par exemple, j'avais adoré Coma, texte implacable, qui nous avait valu un passionnant échange concernant le temps du dernier paragraphe.
Un dimanche au bord de l'autre de Françoise GuérinMais revenons au dimanche. Eh bien, ce deuxième recueil, d'un point de vue cohérence, est parfait. Les nouvelles mettent en scène des psys, des patients. On pourrait craindre un recueil un peu lourd au vu des sujets traités. Seulement, Françoise a deux techniques. La première consiste à écrire des choses intelligentes (elle connaît bien les sujets, ça aide). La seconde, à les écrire intelligemment. Très bonne idée, par exemple, que ce Divan qui revient entre chaque nouvelle, il aère le recueil. Écouter à ce propos la lecture du premier Divan par Sylvie Pavot.
Autre méthode pour capter le lecteur : le style. Françoise mêle l'humour, le mot juste et le rythme. Et le musicien que je suis est très sensible au rythme. Pour se rendre compte ce que signifie le rythme selon Guérin, écouter la page 48 (c'est un vrai acteur qu'il aurait fallu, pas un lecteur amateur comme moi) : jeux de mots, monologue, dialogue, etc.
Difficile pour moi de dire quelles nouvelles je préfère. Ce serait comme choisir un chapitre d'un roman. Bon, je vais le relire, au cas où.
Son recueil a reçu le prix Missives (Poste et l'Atelier du Gué), ce qui lui vaut un bon soutien dans la revue Brèves (dont je parlerai demain).
Et je ne mentionnerai pas son polar À la vue, à la mort, au Masque, on en parlera quand elle sortira le deuxième opus, d'accord ?
Un dimanche au bord de l'autre a paru à l'Atelier du Gué.


Visitez le purgatoire (emplacements à louer) de Manu Causse
Visitez le purgatoire (emplacements à louer) de Manu CausseCommençons par être désagréable. Ça n'a pas été simple d'acheter ce recueil en librairie. Je vous conseille plutôt de le commander directement auprès de l'éditeur, vous gagnerez du temps. Voilà, c'est fait. Passons à l'essentiel.
L'écriture de Manu est hypersensible, à la limite de la poésie parfois, et, qualité que j'apprécie, elle est faite d'empathie. Oh, pas d'empathie superficielle, pas celle des "je vous ai compris" de circonstance. Manu sait partager la douleur de ses personnages tout en prenant le recul nécessaire pour éviter le voyeurisme. Car Manu est un funambule.
Alors qu'elle habite chaque texte de Manu, la poésie domine complêtement Som. C'est le seul texte qui m'ait déçu. Certainement suis-je un mauvais lecteur, pas assez aveyronnais parce que trop normand, pour goûter à cette poésie-là. Un peu comme ce que je ressens souvent en écoutant de la musique classique, j'admire la construction, les harmonies, les musiciens mais ça ne me transporte pas (je suis aussi mauvais auditeur).
Autre petit bémol, la fin de l'excellentissime Chasse à l'homme, que j'ai trouvée trop explicative. J'aurais aimé qu'il la ferme un peu le gendarme, que la fin claque.
Mis à part ces deux remarques, j'ai adoré ce recueil ; le mystère qui enveloppe progressivement Adam et Eve, ou la vie exaltante de M'sieur Luc très bien rendue. Et puis Atlas.
Parlons d'un sujet que je ne maîtrise pas. Atlas, c'est l'antithèse de la gay pride, c'est parler d'une relation homosexuelle avec finesse, sans cliché, sans provocation. La gay pride, c'est "je suis pédé et je t'emmerde", certainement une réaction à l'homophobie, pas le meilleur moyen de la combattre. Manu, quant à lui, se place dans la normalité, voire l'universalité, analyse la douleur de la perte, fût-elle celle d'un homme pour un autre homme. Et je suis flatté que cette douleur-là s'appelle Franck, prénom somme toute commun mais peu utilisé en littérature. Je suis persuadé que les homosexuels n'aspirent qu'à l'indifférence, je veux dire qu'on ne considère plus leur sexualité comme un critère (pour un poste, une adoption, un logement, etc.), et je pense que des textes comme Atlas peuvent y contribuer, lentement. Finalement, Atlas ne parle pas de relation homosexuelle, il parle du deuil, de ce monde qui s'écroule face à la perte de l'être aimé, et seul Atlas peut soulever ce monde.
Si vous n'êtes toujours pas convaincu qu'il faut lire ce recueil, voyez comme en parle (bien mieux que moi) Magali Duru, une pépite.
Je voudrais terminer en tirant mon chapeau à l'éditeur. J'ai rarement lu chez un petit éditeur si peu de coquilles, de fautes, et la typographie est impeccable. Il a débauché les correcteurs de Gallimard ? J'apprécie, c'est une question de respect du lecteur.
Visitez le purgatoire (emplacements à louer) a paru aux éditions D'un noir si bleu.

La prochaine fois, je vous parlerai de deux revues: Brèves et l'Encrier renversé.

lundi 1 juin 2009

Europe et Turquie : futur conditionnel ?

Sachez que je suis opportuniste. Alors, je profite des élections européennes pour vous donner à relire un texte publié l'année dernière sur Mot compte double.



Europe et Turquie : futur conditionnel ?
On le sait, l’Europe frappe à la porte de la Turquie depuis des années. Mais les Turcs usent de toutes les ruses pour reporter cette ouverture. Les raisons, on les connaît : droits de l’homme et de la femme, religion, économie, etc.

Ainsi, la Turquie craint un flot de catholiques, et il faut avouer que sa constitution laïque et républicaine accepterait mal ces monarchies de la vieille Europe, comme la Grande-Bretagne ou la Belgique. Elle accepterait encore moins des pays comme la Pologne qui seraient complices de transports de prisonniers par la CIA en dépit des droits de l’homme, des conventions de Genève. Que dire aussi d’un pays comme la France qui donne des leçons de démocratie en ratifiant par la voie parlementaire un traité que le peuple a refusé par la voie référendaire ? Enfin, ne parlons pas non plus des scandales politico-financiers dont la France – encore elle – semble s’accommoder comme avec les affaires Elf et Clearstream. Oui, la Turquie a peur de cette Europe, comme on craint tout ce qui est différent, et on la comprend.

Cependant, là ne sont pas les plus grands obstacles. En effet, la grande différence entre la Turquie et les pays d’Europe reste la question du temps. Quel temps, me direz-vous ? Tous. Nous parlerons du futur.

Le turc possède 8 temps déclinés en 6 modes. Certaines associations temps-modes n’ayant pas de sens, cela donne 36 conjugaisons (et non 48) contre 23 pour le français (d’après Le Conjugueur). En ce qui concerne le futur, nous en avons 2 en français (simple et antérieur) et 6 modes pour le futur turc. D’aucuns me rétorqueront qu’un conditionnel peut aussi avoir valeur de futur dans le passé, ou que la forme « je vais manger » n’apparaît pas dans la liste alors qu’elle exprime un futur imminent. Alors, disons que nous traiterons ici des déclinaisons des verbes car la force de la conjugaison turque réside dans la suppression de toute ambiguïté, une déclinaison verbale n’a qu’un sens, et elle ne s’encombre pas d’auxiliaire ou d’autre forme verbale composée ; un seul mot décide du temps, du mode. Quittons la théorie pour un peu de pratique.

Prenons un verbe du premier groupe : loller. Pour la définition de ce verbe, cliquez ici et pour sa conjugaison complète, cliquez .

En turc, loller se traduit lolmak. Car j’en ai décidé ainsi.
Conjuguons en turc et au futur :



Dans la conjugaison, vous noterez que lol représente le verbe, que acak indique invariablement le futur quel que soit le mode, ce qui suit correspond au mode conjugué, et en turc, m termine chaque verbe à la première personne du singulier.

C’est pourquoi, lors d’un sommet turco-européen, à la question « accepterez-vous l’entrée de l’Europe en Turquie ? », le diplomate turc, facétieux car connaissant la pauvreté de la conjugaison française (ou anglaise), pourrait répondre au choix : kabul edeceğiz ou kabul edeceksek (note : kabul etmek = accepter). Deux réponses au futur. La première en futur simple signifie « oui », la seconde en futur conditionnel « cours toujours ! ».

Pour sûr, si on lui pose cette question, le diplomate turc lollera, pardon, lolacak...

Et pour le plaisir, voici la conjugaison de loller au futur conditionnel :

Ben lolacaksam
Sen lolacaksan
O lolacaksa
Biz lolacaksak
Siz lolacaksanız
Onlar lolacaklarsa

Attention, certains i de cette chronique n’ont pas de point, c’est exprès. Si le turc vous passionne, nous parlerons de l’euphonie une prochaine fois, pour apprécier Nâzım Hikmet en V.O., un poète que Monique Coudert nous a déjà présenté ici sur Mot compte double.
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Merci à Alexis Beuve et Jean-Paul Lamy.
Dessin de Daniel Maja. Visitez
la vie brève son blog au jour le jour.

mercredi 13 mai 2009

Lucky et le tourniquet

Ce soir, je vous parle de deux amis romanciers. Je les ai connus nouvellistes quand nous participions aux concours de nouvelles. Ils ont tous les deux publié trois recueils de nouvelles, côté romans, Georges en a un d'avance sur Emmanuelle qui sortait fin janvier son premier. Et moi, j'ai publié quoi ? Euh, c'est pas le sujet du billet.

Le film va faire un malheur de Georges Flipo
Je craignais le pire avec le second roman de Georges Flipo. On disait ça et là que son livre ferait un excellent film, ce que l'auteur ne démentait pas. En général, les romans qui font d'excellents films m'ennuient profondément. Lire un scénario, c'est pas ma came. Dans la littérature qui m'intéresse, l'histoire n'est qu'un élément, parfois même mineur, voire inexistant. Le style et le point de vue m'importent davantage. Bref, ça partait mal. C'était sans compter sur l'ami Flipo, et son ironie, sa férocité, sa concision, son rythme...
Commençons par les personnages. Alexis Pirief est odieux, lâche, couard aussi. J'adore Alexis Pirief. Sammy Raggi, le malfrat qui va enrôler Pirief dans cette histoire, n'a rien d'un héros non plus. Des personnages qui nous ressemblent en quelque sorte. Et le meilleur rôle revient à Clara. Déjà, dans son premier roman, Le Vertige des auteurs, le personnage féminin, Arlette, avait sur la fin une dimension dramatique intéressante. Ici, avec Clara, il ajoute la classe, la finesse. J'ai rarement lu un portrait aussi subtil. Le lecteur ne peut que tomber amoureux de Clara.
Ensuite, le style. Concis, juste, intelligent. Georges abhorre le gras, surveille la ligne de son style. Je lui en suis reconnaissant. Manger, bouger, comme ils disent à la radio.
Et puisque l'on parle de bouger, cela nous amène à l'histoire, puisque Georges aime raconter des histoires. C'est un peu alambiqué tout ça, ça part dans plusieurs directions. Une histoire pareille où les rebondissements arrivent à chaque chapitre, où le rythme est rendu plus vif avec un style concis, me fait penser à un tourniquet. Lorsque l'on monte sur un tourniquet, qu'on est lancé à vive allure, le risque est de devenir nauséeux (ou malaucoeureux comme on dit en Normandie) ou complêtement étourdi à ne plus marcher droit. Heureusement, je n'en suis sorti qu'étourdi, ouf ! mais grands Dieux, ça dépote ! Très bonne fin aussi.
J'ai donc, en tout objectivité, beaucoup aimé le livre de Georges. Et j'attends le prochain avec impatience.
Quatre points néanmoins : 1) j'ai immédiatement vu l'entourloupe avec la photo de Babacar Diop ; 2) prendre la Golf pour aller de la rue Amiral de Maigret à Trouville au Tennis-Club, c'est a-bu-sé comme disent les jeunes ; 3) la ville de L***. Les noms de villes sont indiqués partout dans le roman sauf pour la ville de L***. Pourquoi ? Peur du maire ? Pour moi, c'est Lisieux, point barre, et tant pis pour le maire (qui n'est pas sénateur, d'ailleurs) ; 4) la partie africaine vers la fin, m'a paru too much.
Précisons qu'il a paru au Castor Astral, une excellente maison d'édition.


Tu devrais voir quelqu'un d'Emmanuelle Urien
Emmanuelle Urien a écrit trois recueils de nouvelles aussi bons que noirs, je cite : Court, noir, sans sucre chez l'Être minuscule, Toute humanité mise à part chez Quadrature et La Collecte des monstres chez Gallimard. Elle passe au roman avec Tu devrais voir quelqu'un (bravo pour le titre, au passage).
Sans détour : j'ai adoré le premier roman d'Emmanuelle. Cela correspond exactement à mes goûts littéraires. Janvier, le personnage qui fait irruption dans la vie de Sarah, m'a fait immédiatement pensé à Lucky le personnage de Beckett dans En attendant Godot, peut-être parce qu'il ne parle pas, qu'il est drôlement vêtu, je ne sais pas.
C'est noir, parfois drôle, et totalement maîtrisé. Intelligence du premier chapitre contre la chronologie (j'ai pensé à Toussaint), les insultes fortes et indispensables (parfait, ce "sale petite pute" violent mais adapté), l'italique omniprésent qui finalement rend la lecture plus fluide, les petites trouvailles comme celle du déjeuner par ordre alphabétique. Et là aussi pas de gras, les os à vif même, la douleur à l'état pur : la douleur de l'amour et la douleur de l'écriture, et dans les deux cas, douleur se conjuguant avec solitude. De la belle ouvrage.
Pour être complet, je me dois de parler de la fin, une fin de nouvelliste, idéale. Je parle ici de l'idée de la fin, car tout de même, ce dernier chapitre, c'est vraiment dommage : l'idée est là, seulement il manque les bons mots. C'est pour moi la seule déception à la lecture de ce roman, le style ici marque un peu le pas, en-deça des autres chapitres.
Emmanuelle est nouvelliste, rappelons-le, et en écrivant un premier roman de cette qualité, elle court le risque qu'on lui en réclame un second. J'en fais partie. Après le quatrième recueil alors, d'accord ?
Précisons qu'il a paru chez Gallimard, un petit éditeur prometteur.

Demain (ne rigolez pas), je vous parle de Françoise Guérin et de Manu Causse.
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En me relisant, je me rends compte que j'ai oublié de citer les recueils de Georges : La Diablada et Qui comme Ulysse chez Anne Carrière et L'Étage de Dieu chez Jordan (Belgique)

jeudi 7 mai 2009

Parlons (encore) de Chevillard

Encore ? Vous vous dites que Garot va encore parler de Chevillard. Bah oui, et deux fois même. Vous vous dites aussi que c'est une affaire entendue, il va nous servir du dithyrambique, il ne peut pas cracher dans la soupe, si on parle de Garot sur les blogs c'est uniquement à cause des 807, donc de Chevillard. Bah non. Je dirai du bien de Nisard, certes, mais beaucoup moins de l'Autofictif.

Démolir Nisard d'Éric Chevillard
PourDémolir Nisard d'Éric Chevillard Démolir Nisard, c'est la faute à Pierre Ménard et sa page 48. Je n'allais pas lire une seule page du livre. J'ai donc lu ce Nisard en entier. Et j'ai trouvé ça très drôle. Jamais une lecture m'avait autant amusé.
Beaucoup d'ironie, d'autodérision, une grande dose de mauvaise foi. Je suis assez fan de petits détails comme le magasin de vêtements situé à Gap, j'aime bien les images (enfin les sons) commes les riffs de guitares annonçant les auteurs américains. C'est du très bon travail. Évidemment, lorsque l'on part tambour battant pour faire la peau à Nisard, qu'on use de toutes les ficelles, le risque, c'est de manquer de souffle sur la distance, c'est ainsi qu'un peu avant la fin, j'ai touvé la partie sur le Convoi de la laitière faible par rapport au reste. Un passage à vide dans le marathon ? Nisard aurait-il finalement influencé le style de Chevillard ? Une annonce de la suite ? Heureusement, il reprend la course, plus lentement, plus sérieux, pour un final logique et bien écrit.
Sur les 807, j'écris que je suis partagé entre l'admiration et la totale incompréhension. Disons Nisard pour l'admiration et le hérisson pour l'incompréhension.

L'Autofictif d'Éric Chevillard
L'Autofictif d'Éric ChevillardLe malicieux François Bon m'ayant signalé qu'Éric Chevillard copiait de manière éhontée le blog des 807 (article ici), je me suis empressé de me procurer l'Autofictif. Après vérification, il n'apparaît qu'il n'aurait pompé qu'un seul 807, le premier. Je prévois néanmoins un second emprunt, ce sera le premier du tome 2.
On trouve de bonnes choses dans ce livre, mais le support ne me semble pas adapté, je conseille à Éric Chevillard d'ouvrir un blog, je pense que ça peut marcher. Allez, devenons sérieux...
On trouve de bonnes choses donc, mais aussi des superflues, des contextuelles (alors que le contexte n'est pas signalé par des notes). Je suis quelque peu perplexe sur ce livre. Et l'auteur nous dit dans une interview (expresse) publiée sur le site de l'Express :
La lecture du livre curieusement ne redouble pas celle du blog, parce qu'un livre par nature n'appartient plus au temps, il s'affranchit de sa loi. Je trouve donc pour mon compte passionnant d'observer ce qui change dans un même texte tour à tour soumis à l'épreuve du présent sans lendemain du blog puis à ce hors-temps du livre.

Mouais. Je serais plus enclin à penser, sauf son respect, qu'il nous prend pour des débiles. Je vois l'histoire différemment, un éditeur lui propose de sortir son autofictif en livre, il dit, "ouais pourquoi pas, sauf que j'ai pas de temps à consacrer à ces conneries" (oui, j'imagine qu'il ne parle pas comme il écrit). Résultat, aucune correction, aucune note, aucun tri, on sort direct le blog en livre, à un prix qui me semble déraisonnable.
L'argument hors-temps ne tient pas. Qui, dans trente ans, se souviendra encore d'Alexandre Jardin ? Alors que je suis certain qu'on parlera toujours de la joggeuse au petit caleçon court, du gros célibataire et de la délicieuse Agathe.
Je suis déçu, le livre ne tient pas les promesses du blog, un livre superflu je trouve (malgré les pépites qu'il contient), un best of m'aurait davantage convenu (sans Alexandre Jardin, Régine Deforges, Ingrid Betancourt, Jean-Louis Ezine...).

Démolir Nisard a paru aux Éditions de Minuit : http:/ww.leseditionsdeminuit.com/
L'Autofictif a paru à l'Arbre Vengeur : http://www.arbre-vengeur.fr/

Demain, je vous parle de Georges Flipo et d'Emmanuelle Urien.

mardi 5 mai 2009

Vous écrivez ?

On me posait récemment cette question : en ce moment, vous écrivez ?
Ma réponse fut : non, je lis. Les lecteurs de ce blog ont maintenant une idée de ce que j'écris, certainement moins de ce que je lis. Alors ?

Je pourrais vous parler des écrivains que je n'ai jamais lus et que je ne souhaite pas lire. Seulement, je passerais auprès de 90% des Français, soit pour un Martien, soit pour une personne qui ne s'intéresse pas à la littérature. Je ne vous parlerai donc pas de Marc Lévy, Guillaume Musso, Stieg Larsson, Bernard Werber... Il y a aussi des auteurs que j'ai lus une fois, et que, juré craché, je ne relirai plus. Je ne vous parlerai pas d'Alexandre Jardin, Jean d'Ormesson, Amélie Nothomb... Je préfère parler de ceux que je lis.

Pour commencer, les amis, comme Françoise Guérin, Emmanuelle Urien ou Georges Flipo, et des écrivains moins connus comme Éric Chevillard, Emmanuel Carrère, Jean Echenoz ou Olivier Adam. Listes non-exhaustives. Mes lectures se partagent équitablement entre recueils de nouvelles et romans. Du théâtre et de la BD parfois, très rarement de la poésie.

Pendant les quelques jours qui suivent, je vous fais un petit compte rendu de mes lectures ces dernières semaines. N'ayez crainte, ce blog ne se transforme pas en blog de lectrice. Elles le font mieux que moi, et lisent davantage aussi. Je commence aujourd'hui par Magali Turquin.

Innocent de Magali Turquin
Ce court livre de 63 pages m'a été conseillé par mon libraire à la faveur d'une séance de dédicace à laquelle finalement je ne suis pas venu, ni même l'auteur. Ce récit plutôt destiné aux jeunes (oui, je me crois encore jeune) se lit d'une traite, comme une longue course, celle du narrateur qui fuit ses bourreaux pendant le génocide rwandais, et mêle l'époque du génocide avec le présent, le temps du souvenir, de l'héritage, où l'on apprend que si on peut échapper temporairement à la mort, les souvenirs, eux, hanteront toujours les rescapés, à cause des absents notamment. L'auteur mêle assez naturellement les causes du génocide, la description de l'horreur et les questions sur l'après, le pardon, comment survivre à un tel carnage. Le choix de la fluidité du style et du rythme sont les bienvenus pour un sujet aussi grave.
Voilà un excellent livre pour expliquer le génocide rwandais à nos chères têtes blondes. Les adultes pourront bien sûr lire Une saison de machettes de Jean Hatzfeld, d'ailleurs Magali Turquin le mentionne à un moment. Accessoirement, ce livre m'a inspiré un 807, le numéro 158 (je vous l'accorde, j'ai fait mieux).

Le livre a paru aux Editions du Jasmin : http://www.editions-du-jasmin.com/
Retrouvez l'auteur sur son blog : http://magaliturquin.hautetfort.com/

Demain, je vous parle (encore) de Chevillard.

mardi 21 avril 2009

Dimanche versatile

Le dimanche au bord de l'autre
Cliquez sur l'image pour écouter la lecture versatile du Dimanche au bord de l'autre de Françoise Guérin. En écoute depuis dimanche sur Page 48.

vendredi 27 mars 2009

Motoki, Kawabata et moi

J'annonce que ma nouvelle La vie en atari est publiée en bonus littéraire du dernier livre de Motoki Noguchi, Tsumego, l'art du combat au jeu de go, aux éditions Praxeo.

Promouvoir la nouvelle
Tsumego, l'art du combat au jeu de go, (c) Praxeo 2009, 544 pages, 39 euros En 2005, alors que je débutais dans l'écriture, je participais à des forums où l'on se plaignait de la place de la nouvelle en France, du quasi-monopole du roman, de cette contrainte de chute obligatoire. Bien entendu, on ne remettait pas en cause la qualité des recueils de nouvelles : c'était un coup monté par les éditeurs et les médias... Oh, on n'était pas à cours d'idées pour changer tout ça. Je me souviens de celle qui consistait à forcer les éditeurs à offrir une nouvelle pour tout achat de roman. J'avais moi-même envoyé une lettre au ministre de la Culture de l'époque pour proposer une "Star academy de la nouvelle". Ce projet, que je décrirai peut-être ici un jour, fut étudié par Radio-France, et rejeté. Au moins, j'avais essayé.
Bien entendu, il faut louer le travail des petites maisons d'édition (Quadrature, D'un noir si bleu, Filaplomb, etc.) ou les revues (Brèves, l'Encrier renversé, Pr'Ose!, Sol'Air, etc.) qui défendent le genre, d'ailleurs je suis plutôt un bon client.
Ce que propose Praxeo aujourd'hui, c'est d'aller chercher des lecteurs ailleurs que dans le cercle restreint des amateurs de nouvelles.

Motoki, le maître de go
Motoki aime la France, et la langue française. D'ailleurs, il s'est installé à Tours pour apprendre le français car, paraît-il, c'est la ville où on le parle le mieux. 18 mois après son arrivée en France, Patrick Venant du club de go de Tours le présente à Alexis Beuve des éditions Praxeo. Commence alors l'aventure du langage des pierres, son premier livre, une aventure à laquelle j'ai modestement participé pour les relectures. Son livre devient dès sa sortie une référence pour l'apprentissage du go. Car Motoki n'est pas seulement un maître de go, mais aussi un excellent pédagogue. Par exemple, il a l'idée géniale de construire son livre comme un dialogue entre un maître et son élève. Son deuxième opus, plus ambitieux, est très attendu. Enfin, Motoki est le champion de France en titre.
Vous pourrez le rencontrer demain à Paris pour un événement exceptionnel. Si, comme moi, vous ne pouvez pas venir, sachez que d'autres sont en préparation (à suivre sur le site de l'éditeur), j'espère avoir un jour l'occasion d'affronter Motoki !

Le Kawabata du pauvre
Bien entendu, ma nouvelle parle de go. C'est même d'une partie de go qu'il est question. Et là, s'approche l'ombre tutélaire du grand Kawabata, premier Japonais prix Nobel de littérature, et son livre, Le Maître de go, la référence pour tout joueur de go. Je n'ai pas la prétention me mesurer à Kawabata : ma nouvelle ne fait que 7 pages, la partie est fictive et je souhaitais introduire des sujets que je traite habituellement dans mes textes comme la mort, le sens de la vie, les actes manqués, etc. Son titre, La vie en atari, signifie la vie en danger.
La première version de ce texte date de 2005. Motoki m'a raconté cette étrange impression en la relisant quelques années plus tard (et beaucoup de modifications) car, l'un des deux joueurs a 15 ans, ce qui lui a rappelé cette finale mémorable du championnat de France qu'il jouée depuis (août 2008) contre le jeune Thomas Debarre. Il l'a gagnée de justesse (un demi-point !), mais contrairement à ma nouvelle, il n'y a pas eu de "grande avalanche"...
J'espère que les joueurs comme les amateurs de littérature apprécieront ma nouvelle. Quoi qu'il en soit, merci à Motoki et Alexis d'avoir permis cette expérience et d'avoir joué les consultants techniques de choc. Une expérience que je conseille aux nouvellistes, d'ailleurs d'autres livres sont en préparation (go, shogi, xang qi, poker, etc.), avis aux amateurs !
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Illustration : Ermites jouant au go. Paravent du XVIe-XVIIe siècle
Tsumego, l'art du combat au jeu de go, (c) Praxeo 2009, 544 pages, 39 euros
Jeu de go, le langage des pierres, (c) Praxeo 2005, 2007, 244 pages, 24.90 euros